Bonjour à toi, je réalise avec effroi que mon dernier texte date d’il y a trois semaines ! Plus ça va, et moins je tiens le rythme ! Qu’à cela ne tienne ! Je suis en vacances, et cette première semaine, j’en profite pour rattraper tout mon retard sur mes projets ! En vrac dans mon sac (et dans mes rêves) : réécriture du recueil de nouvelles avant nouvelle salve d’envois dématérialisés, rattrapage de tous les ateliers d’écriture, envoi de la pièce de théâtre dédicacée (si intéressé.e, MP-moi) (oui la fameuse pièce ici qui circule déjà dans l’entourage) et création d’une consigne d’écriture pour la catégorie A vos styl’oh, largement délaissée depuis sa création (et c’est peu de le dire).

Face à cette oisiveté retrouvée, je me suis même essayée à l’enregistrement de quelques nouvelles (rubrique p’tit clic en bas à droite ça s’écoute ici), où je demande grande indulgence, car c’est brut de pomme pour les premiers essais, et je ne sais point si un jour ces pseudo-podcasts auront la saveur d’un bon cidre frais 🙂 ! Bien ! Au vu de la métaphore, je crois qu’il est temps de livrer le texte du jour. Au programme, une lettre demandée pour l’atelier d’écriture de ma ville, où il fallait écrire à son frère, et refuser de venir lui rendre visite en banlieue, dans un échange épistolaire ultra cliché (ou Clichy) ! Voilà donc ma production à lire, et à ne pas prendre bien sûr… au pied de la lettre !

Mon cher frère,
Je vous écris de manière manuscrite sur ce papier à lettres car vous savez fort bien comme j’ai horreur de ces mails électronique qui enlèvent toute jouissance à lire quelconque missive. Je suis effarée (et tourmentée) lorsque je constate à quel point les générations d’aujourd’hui délaissent l’odeur du papier et de l’encre coulée pour des correspondances sans âme par claviers interposés. Et je ne parle point des inanités orthographiques proférées dans ces échanges virtualisés. Le papier vous dis-je !


Vous m’avez proposé de venir vous visiter, vous rendre visite – grand ciel, vous n’êtes pas un monument ! – pendant ces vacances de la Saint-Eustache. Vous me voyez fort peinée de devoir décliner cette offre exotique. J’imagine bien que la banlieue de Sarcelles que vous habitez, pour des raisons obscures qu’un jour vous exposerez, recèle de trésors touristiques et de paysages bucoliques (ainsi que de relents de vieux alcooliques) mais je ne puis présentement m’y présenter.


Vous pouvez subodorer que ce cher Edmond ne se sentirait point rassuré de me savoir seule à marcher sur ces peu propres trottoirs, à refuser sur mon passage les différents quémandages. Vous me connaissez, je suis la générosité incarnée, mon portefeuille s’en trouverait fort chagriné. Je ne saurais réfuter, ni m’opposer, ça me fendrait le cœur, vous n’ignorez guère ma forte émotivité lorsque je me heurte à une misère, quelle qu’elle soit ; un langage châtié peut autant me faire tourner de l’œil que la vision d’un homme sans toit permanent.


Vous savez bien aussi qu’en ce moment avec la préparation des olympiades des œufs de lump qui tombent le vendredi du tournoi de bridge (le week-end du pont de Millau !), je ne dispose pas de temps pour apprendre une nouvelle langue, je parle déjà le mandarin et le latin, mais seulement parce que le grec me paraissait trop ancien, et je ne peux visualiser une seconde de venir à Sarcelles sans parler le Sarcellois. J’en connais bien sûr, quelque bribes, comme tout le monde n’est-ce pas, « wesh, wala, labès », mais enfin vous voyez bien qu’on ne peut faire durer de divertissante discussion avec dudit auditeur …


Et puis, oserais-je le confier ici, je crains que le jogging-chaussettes ne soit vraiment seyant sur ma frêle constitution. À la lecture de votre missive, c’est la première inquiétude qui est venue ternir mes pensées. J’ai toujours abhorré ce tissu ! Comment peut-on accepter d’être ainsi fagoté, et de sentir cette texture sur sa peau toute la sainte journée ? N’a-t-on jamais vanté les mérites du velours côtelé ? Ou du lin, si l’on est moins ciselé ? Et cette coupe, qui, excusez-moi de ma franchise, donne à votre céans l’impression d’être aussi flasque et plissé que la peau d’un shar-peï ! Pardonnez-moi, l’émotion me submerge, ce n’est guère flatteur pour les canins.


Voilà, cette lettre mon cher frère, pour décliner votre offre pourtant si attendrissante et touchante, tant je connais votre désir de me dévoiler le lieu où vous résidez. Je ne puis y répondre favorablement, pour les raisons susmentionnées, et je sais que, passé votre déception, vous comprendrez mon humble refus. Imaginez votre sœur en « baggy » ! Cela devrait suffire à vous donner un rictus, et peut-être même un sourire.
Cordialement, votre sœur.

Alors, tu en as pensé quoi de cette lettre ? Pour ne rien manquer de la suite, c’est ici !

Image par Vinson Tan ( 楊 祖 武 ) de Pixabay

8 commentaires

  1. Très marrant. Une joie à lire. J’aime beaucoup le langage de la grande bourgeoise. J’ai bien ri au « Grand ciel, vous n’êtes pas un monument ! » Visiter quelqu’un est un anglicisme, comme tu dois le savoir. Pas facile à faire apprendre aux anglophones.

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    1. Merci beaucoup pour ton retour, surtout sur un texte aussi différent ! Effectivement, cet anglicisme est très dur à faire partir chez nos amis anglophones, j’ai lutté souvent pour le leur expliquer 🙂 ! Bravo pour l’avoir repéré, mais ça ne m’étonne pas 🙂 ! Belle journée à toi, Sabrina.

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  2. Hello Sabrina, j’ai adoré l’humour du ton employé.Le sujet me ravit au plus au point, tant je partage l’idée du plaisir de recevoir une missive ( que dis-je un plis) manuscrit. Merci de cette lecture. Ton intro, me rassure sur le fait que je ne suis pas la seule à être débordée par l’écriture de ci de là sans passer sur mon blog.:)

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    1. Eh eh, merci bien pour ton passage ici et ton retour ! Donne-moi ton adresse, et je t’envoie une missive si cela t’enchante 😉 ! Oui, en ce moment, j’ai besoin d’une seconde journée pour venir à bout de tous mes projets, mais je ne perds pas espoir, un pas après l’autre ! Belle journée à toi et courage ! Sabrina.

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  3. Bonjour Sabrina,

    Un vrai plaisir pour les oreilles pour le peu que nous lisions cette missive à voix haute ! Merci beaucoup pour ce moment agréable de lecture, parfait en cette fin d’après-midi !

    Je te souhaite une bonne fin de journée,

    Rodolphe

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    1. Merci Rodolphe ! Je suis ravie que cette courte missive t’ait plu, et que tu l’aies fait sonner haut et fort à tes oreilles 😉 ! Je viens faire un tour de blog tout bientôt, et suis certaine de trouver de jolis textes à lire ! Belle soirée, Sabrina.

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