Numanité

Dans un temps pas si lointain.

Lance pressa le pas. Sa journée était enfin terminée. L’agente l’avait longuement fixé quand il avait pointé ses horaires devant l’holodateur. Il avait vite sorti son XPhone. L’agente avait incliné la tête, un air d’approbation sur son visage rigide. Déjà engloutie par son écran, elle ne prêtait plus grande attention au visiteur. La musique, en spirale entêtante, couvrait les bruits des va-et-vient des travailleurs qui se succédaient toutes les 4 heures pour réparer les écrans. Un autre agent, d’un geste automate, avait vérifié l’exactitude des données virtuelles qui flottaient au-dessus de Lance.

Il continuait de marcher, les yeux rivés sur son XPhone, comme tous les autres Numains autour de lui. Lire la suite de « Numanité »

Apprentie en herbe #1, où l’envie d’écrire voit le jour

Une formation d’écriture ?

Ben tu veux devenir écrivain ? Mais tu vas écrire quoi ? Tes voyages ? Ton végétarisme saugrenu ? Un ROMAN ? Genre un ROMAN ? Avec un titre, des chapitres, des personnages et une histoire ?

Toi, qui as grandi dans un village que personne situe sur la carte de France, tu te prends pour un auteur, une auteure, une autrice, on s’en fout, c’est pareil ?

Mais t’es au courant que c’est difficile d’en vivre ? T’es au courant qu’il y a plein d’écrivains qui seront jamais reconnus et qui écriront toute leur vie seulement pour leur tante ou leur chat ? Et ça flattera leur ego parce que l’un peut pas parler, et l’autre critiquer ?

Tu sais qu’il faut jouer des pieds et des mains dans ce milieu, si t’es pas tombée dans la marmite depuis que t’es tout petite, et que t’es pas un génie ? Enfin, Rimbaud à 15 ans, il avait déjà reçu des prix littéraires pour ses vers ! En latin !

Je sais bien que tu fais du yoga, que tu aimes les oiseaux et les arbres, toussa toussa mais il faut que t’atterrisses ma vieille ! Le monde il est bien vaste pour une petite souris de ton espèce ! Ca va être dur de faire ton trou ! Je sais, l’humour, c’est naturel chez moi !

Quand j’ai décidé de m’inscrire à une formation d’écrivain, j’étais assez anxieuse de l’annoncer à mon entourage. Pour plusieurs raisons.

La première, c’est que je devais assumer aimer l’écriture, au point d’oser embarquer dans une aventure dédiée à cette passion. Pour ceux qui ont lu mes différents blogs de voyage, ce n’est pas forcément une surprise. Mais disons qu’en réalisant ce saut dans l’inconnu, j’affirmais haut et fort « JE VEUX ECRIRE, PARCE QUE C’EST MON PROJEEEEET ». Enfin, pas comme ça non plus.

La deuxième, c’est que dans cette société de la consommation, de la production et de la réalisation de soi, il est presque inconcevable d’entreprendre une telle démarche sans obligation de résultat. Je me forme dans la menuiserie, je suis menuisier, je me forme en comptabilité, je suis comptable… je me forme à l’écriture, je suis écrivain. E=mc2 quoi.

(Personnellement, moi, j’ai pris des cours de guitare, et mon chat prend la poudre d’escampette dès que je gratte une corde)

La troisième, découle de cette allégation presque sophiste, et concerne l’avenir. Que se passe-t-il ensuite, lorsque j’ai terminé mes consignes, lorsque j’ai achevé mes exercices, lorsque j’ai assimilé quelques techniques, que suis-je si je ne publie pas, si je n’écris pas un roman, si je ne suis pas reconnue comme telle ? Si je reste moi, une petite prof d’1m57, passionnée de lecture et d’écriture, qui griffonne dans son bureau ? Une écrivaine ratée ? Une looseuse de la write ? Une rêveuse déchue ? Une lubie passagère, une envie de passage ?

Et puis, le front frondeur, prête à affronter toutes les questions, je l’ai annoncé, petit à petit.

J’ai entamé ma formation, construit un énième blog où j’expose à la vue de tous, des textes bien plus sérieux et impliqués que tous mes précédents. La tête baissée, prête à abdiquer face aux critiques.

Et depuis, j’ai rencontré d’autres plumes superbes, drôlatiques, et bienveillantes, j’ai appris à ciseler mes écrits, à prendre du plaisir même dans des genres avec lesquels je n’ai aucune affinité. Non au départ, la nouvelle sentimentale, et les bouquets de fleurs bleues, c’est pas mon dada.

Et j’accepte.

J’accepte le fait que je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas où va me mener cette formation, sous quels yeux vont tomber mes textes, quel avenir on leur réserve, et si avenir il existe.

J’accepte de laisser faire les choses, et d’apprécier tout ce qu’écrire m’apporte. J’ai surtout compris qu’il fallait arrêter de vouloir combattre le temps, une lutte perdue d’avance, et que je me concentre sur le hic et le nunc (l’ici et maintenant en latin, pour me glisser dans la peau d’une intellectuelle) pour commencer à écrire vraiment. Régulièrement, sérieusement. Pas tous les 36 du mois par 37° au soleil.

En somme, Stop talking, start writing, pour les Anglophones.

Car dans tous les cas, que je sois portée un jour aux nues (sans avoir à être nue), je sais que dans la tête d’une personne au moins, je suis déjà un écrivain. (Les mamans, ça compte pas)

Celle de mon compagnon.

En fait, deux, avec mon chat.

Et j’espère bientôt trois, avec moi.

 

Belle journée à vous, les lecteurs, je vous laisse sur mon premier texte d’une longue série, hors-formation, hors-nouvelle, hors-piste, hors-sujet… hortensias quoi.

 

N’hésitez pas à faire vos retours sur ce nouveau format Apprentie en herbe où je vous ferai part, entre deux vraies nouvelles, de mes faux doutes. Sabrina.

Mauvais esprit

Un soir d’octobre dans notre village endormi. Nous avions 13 ans, l’âge bête des amours fugaces et de l’acné tenace. Les enfants étaient rentrés chez eux, et seuls les chats erraient dans la rue principale où plus aucune âme ne vivait. Les réverbères s’étaient éteints, comme bon nombre des foyers. Pas le nôtre. On avait découpé des citrouilles, s’était peinturluré les bouilles et foutu la trouille. Déguisées en squelette, zombie et autres monstres de compagnie, nous avions menacé tout le bourg : des bonbons ou la vie !

C’était Halloween. Nous n’avions eu que des bonbons.

La soirée était déjà bien entamée.

Collées les unes aux autres sur le canapé, on s’empiffrait de friandises devant un film d’horreur, c’était Scream 2 ou bien Massacre à la tronçonneuse, des titres garantis Sang-Frissons. Fermée à double-tour, la maisonnée baignait dans l’obscurité, s’éclairant au rythme des images qui défilaient devant nos têtes d’épouvantail épouvantées. La situation était critique pour l’héroïne, seule dans une demeure où n’importe quel demeuré pouvait se planquer derrière chaque porte.

Driiiiiiiiiiiiiing !

On sursauta toutes les trois en même temps sur le sofa. Mes deux amies, cramoisies,  se cramponnèrent l’une à l’autre.

“Qui c’est ?”

J’éclatai de rire et essayai de ne pas paniquer. En mon for intérieur, j’espérais qu’elles ne voyaient pas mon coeur bondir à travers mon costume de mort-vivante.

Je pris avec moi la bouteille de Champomy qui se trouvait sur la table, en guise d’arme. C’était absurde, mais ça me rassurait de la tenir dans mes mains moites. Une bouteille sur le crane, même sans alcool, ça devait faire mal à la tête, non ?

Je jetai un dernier regard sur mes amies terrorisées. Elles n’avaient pas quitté le canapé. J’ouvris la porte avec précaution. Un tour, puis deux.

Rien. Le silence pesant, le froid de la rue et son calme intimidant.

Je resserrai ma prise sur le Champomy et m’avançai sur le perron, comme l’on ferait dans tout mauvais film.

Bouh !

Je lâchai un cri et ma bouteille de protection.  Devant moi, deux Freddy Krueger désarticulés se tordaient de rire. Mon frère et son copain Loïc. Deux imbéciles heureux.

“Alors, qu’est-ce que vous regardez les filles ! Encore un film de gonzesse ! Et si on passait aux choses sérieuses ?”

30 minutes plus tard, nous étions tous, les deux Freddy, un squelette, un zombie et un fantôme, autour de la table du salon, un verre retourné au milieu d’une marée de lettres de l’alphabet. Nous évoluions dans des volutes de fumée et de bougies consumées. Nous pouffions pour masquer notre malaise et la peur qui pointait.

— Esprit, es-tu là ?

Freddy Krueger 1, mon frère, avait ouvert la séance, très sérieux dans son rôle de médium médiateur. Le doigt tremblant sur le verre, nous guettions le moindre de ses mouvements.

Rien.

— Esprit, es-tu là ?

Mon frère, sans sourciller, avait repris sa question, bien décidé à en dénicher un parmi le panel qui devait rôder dans notre grenier au milieu des araignées et des vinyles des Pink Floyd. Alors que le rire me gagnait devant le ridicule de la situation, on sentit une légère vibration sous nos phalanges : le verre se déplaçait ! Il avançait péniblement vers l’un des bouts de papier marqué d’un…

OUI

La réponse, de trois lettres, s’étalait devant nous. L’envie de rire m’était passée. Nous nous regardions tous, tétanisés, étourdis, impuissants devant le divin. Plus personne ne savait que dire ou que faire. L’angoisse se lisait sur tous les visages. Les fronts perlaient, le maquillage dégoulinait sur nos faces ahuries.

— Qui es-tu ? s’enhardit ma copine tendue sous son drap de fantôme.

Le verre ne bougea pas d’un iota.

— Est-ce que tu peux épeler ton nom ?

Mon frère reprenait du service. Le verre vibra quelque peu.

— Ca veut dire oui !

L’anxiété, s’effaçait, l’excitation nous saisissait. Puis le verre se mit à bouger lentement, puis de plus en plus vite, sous nos yeux écarquillés.

C, O, N, N, A, R…

— T’es vraiment qu’un bouffon !

Freddy Krueger 2, alias Loïc, riait de sa petite farce et de nos faces dépitées.

— Oh ça va ! Si vous aviez vu vos têtes ! Non, mais sérieux, vous y croyez à ces conneries ?

— Tu gâches tout franchement ! On peut rien faire avec toi !

Le fantôme avait ôté son drap et le fustigeait du regard.

— Calmez-vous, c’était pour rire ! Faut se détendre !

—  Ben va te détendre dans la pièce d’à-côté !

— Quoi ? Vous êtes sérieux là ?

— Disons que tu perturbes un peu la séance, et peut-être que les esprits n’aiment pas trop ça, avais-je osé avancer.

— Moi je perturbe la séance ? OK, ben je vous laisse avec votre Saint-Esprit de mes deux ! Votre connerie, elle est high level là ! Hé ! P’tet que vos esprits ils parlent anglais en fait !

Il sortit, rageur.

On se regardait dans le blanc des yeux. Le coeur n’y était plus trop pour s’essayer à une nouvelle session. Mon frère replaça le verre. Loïc continuait de gueuler avec son très mauvais anglais.

Do you hear me, Mr. Spirit, you don’t want me in room, where are you hein ? You can’t respond ? C’est normal because you’re dead MOTHERFUCKER!*

Il claqua la porte du salon. Le lustre au-dessus de nos têtes se décrocha, écrasant notre verre qui se morcela sous le choc. Tout le monde cria, plus personne ne riait.

La suite avait été chaotique. J’entendais des “oh putain, oh putain”, le squelette qui couinait, le fantôme qui voulait s’enfuir, Loïc qui lançait des “sorry spirit sorry”, mon frère qui ramassait les verres et moi qui répandais du sel et même du poivre sur tout le sol.

Je n’ai jamais su ce qui s’est réellement passé ce soir-là, je n’ai plus jamais tenté d’invoquer les esprits, ni en français ni en anglais. Mon cerveau de trentenaire a rationalisé les événements, de la séance ratée, au lustre cassé.

Mais depuis l’hiver dernier, j’imagine une autre réalité. Je me remettrais à une table, et je te demanderais, à toi qui avais mon âge, et qui es déjà de l’autre côté :

“Es-tu enfin apaisée, là où tu es ?”

Et j’espérerais très fort voir notre verre se mouvoir jusqu’à ces trois lettres : OUI.

*traduction tu m’entends l’esprit ? Tu ne me veux pas dans la pièce ? Mais t’es où hein ? Tu peux pas répondre ? C’est normal, parce que t’es mort, fils de P**

Consigne 16 : en choisissant le genre de notre choix, créer un texte avec du suspense, crescendo jusqu’à une chute inattendue. Je me suis permis un petit écart à la consigne, qu’en pensez-vous ?

Credits photo : Halloween Night by Sabrina P.

Pluie battante sur les Vieux-Chênes

Quelle pluie de merde.

Son imperméable suintait sous les trombes d’eau qui se déversaient depuis le matin. Pas un temps à foutre un chat dehors, et encore moins un vieux loup de sa trempe. L’inspecteur Roublarre revoyait Paula en partant, et son joli derrière dans la cuisine. Ca sentait bon le poulet rôti. A quelques années de la quille, le métier lui pesait. Il donnerait tout pour une cuisse de poulet grillée et un verre de pinot. À la place, il se coltinait le jeune bleu et sa vapoteuse qui lui donnait des airs d’une vieille tante. Encore un cambriolage qui avait mal tourné : le salon avait été retourné, et la victime massacrée. Le voleur avait surpris la quadragénaire dans sa cuisine et l’avait assommée par derrière avec un rouleau à pâtisserie. On avait noté des traces de lutte sur le parquet flottant et de nombreuses contusions sur le crâne et le ventre légèrement rebondi de la jeune femme. Lire la suite de « Pluie battante sur les Vieux-Chênes »

Déboires de Robin

Une ombre se déplaça dans la chambre bercée par la chaleur d’un beau mois d’août. L’homme, qui accusait l’âge et l’hydromel, toussota. Gêné, il attendait, ne sachant trop où poser ses yeux noyés de chagrin et d’alcool dans cet amas de trésors qui truffaient la pièce. La tête posée sur un oreiller fourré de pépites bougea enfin.

— Que faites-vous là, Frère ?

— C’est Marianne qui m’envoie, son état se dégrade à vue d’œil. Elle craint que sa fin ne soit proche.

— Balivernes ! Elle a toutes ses dames auprès d’elle ! Et le meilleur des apothicaires à son chevet. Ne faites pas le Jacques voyons ! Lire la suite de « Déboires de Robin »

Le diable au doux regard

               A l’aube du XIXème siècle, le hameau du père Rameau ne dormait plus. Les volets étaient constamment tirés, les propriétaires, savamment planqués. On était au début du printemps, mais le couvre-feu avait chassé fleurs et habitants. Les villageois fuyaient les sentiers boisés et les parcs arborés. Les quelques courageux à sortir, le faisaient par nécessité, lorsqu’il fallait meubler les tables austères.

Les pavés vides, impavides, se languissaient des beaux jours où on les martelait joyeusement. Les murs des vieilles bâtisses se teintaient de tristesse, et les ruelles redoutaient l’absence de jeunesse. Les écoles étaient fermées jusqu’à nouvel ordre, et les femmes cloîtrées jusqu’à fin du désordre. Dans le village du père Rameau, un seul écho : celui des grilles qui claquent et des familles qui craquent. A l’intérieur, on implorait les cieux, on baignait de larmes nos yeux, on se mettait à être pieux.

Insatiables, intarissables, les rumeurs grondaient et grandissaient.

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L’espera, ou la quête d’un Néro pas comme les autres

La forêt, immense, dense, perfide, se dressait devant lui.

Des jours entiers, il avait marché, seul, sous le soleil bouillant et torride, près de points d’eau arides. Il n’avait reculé, ni devant les hordes de hyènes qui l’avaient pourchassé, ni devant les doutes qui l’assaillaient. Il avait tant essuyé de moqueries, tant souffert de tyrannie.  Il touchait enfin cet instant salvateur, où il serait doté de rayures, comme les autres.

Ce doux mirage miroitait devant ses yeux épuisés. Celui qui le poussait à poursuivre, malgré les douleurs lancinantes qui lui courbaient les pattes.

Néro, ce zèbre tacheté comme un guépard voyait enfin surgir, dans les branches qui s’enchevêtraient, l’espoir de contrer le mauvais sort et son pelage d’infortune. Lire la suite de « L’espera, ou la quête d’un Néro pas comme les autres »

Sex on the beach

Seule au comptoir du bar tamisé, elle se planquait derrière une carte, tapotant nerveusement des doigts sur la table.

Qu’est-ce qu’elle foutait là ? A son âge, une prof de maths, avec un divorce et trois mouflets pour le prix d’un !

Avec sa couleur décolorée et son périnée périmé ?

C’était sa copine Betty qui lui avait dit de sortir de sa grotte en lui donnant rendez-vous dans un nouveau jazz café. Ça fourmillait de célibataires, lui avait-elle soufflé au téléphone, avec un petit sourire entendu.

Cette manie de toujours vouloir lui refourguer un mec !

21 ans qu’elle en avait côtoyé un d’une rare espèce ! Elle en connaissait très bien l’habitat, les habits et les habitudes. Lire la suite de « Sex on the beach »

L’ombre du Biltmore

Sentant déjà les prémisses de la gueule de bois, Peterson se dirigeait vers la chambre de son hôtel. La nuit n’avait pas été mauvaise, mais il rentrait seul. Le dernier whisky, sans doute de trop, l’avait alourdi. Loin des vapeurs d’alcool et des nuages de fumée, le hall du Biltmore Hotel lui paraissait soudain froid et lugubre, malgré le raffinement de la pièce, des murs jusqu’aux stries des tapis.

Rompu, il n’aspirait plus qu’à se vautrer dans son lit, oubliant sa déconfiture dans les affres d’une nuit sans ardeur. L’attente lui semblait insurmontable. Il envisageait de prendre l’escalier jusqu’au huitième étage lorsque l’ascenseur s’arrêta enfin devant lui. Soupirant de soulagement, il s’y engouffra aussitôt.

Immobile, silencieuse, drapée de noir, une jeune femme fixait de ses yeux sans couleur les boutons qui indiquaient son étage. Elle allait manifestement au 6. Luttant contre la curiosité, il se concentrait sur les sensations d’élévation qui faisaient tressauter son estomac barbouillé. Mais il la voyait, délicate, la taille fine, enserrée dans une robe assortie à ses cheveux de jais qui entouraient son visage et ensorcelaient son âme. L’ascenseur ouvrit ses portes, laissant Peterson dans la détresse. Elle restait pétrifiée, une fleur transie.  Il voulait parler, était figé, engourdi.

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Piège de collection

La foule des voisins, attroupée en bas de l’immeuble, le visage horrifié, assistait impuissante au bal des pompiers.

Le vieillard jubilait. Il ne lui en restait plus qu’un. Le clou du spectacle !

Sous ses épais sourcils, le visage ridé se déridait devant les planches cartonnées, soigneusement rangées par pays : sur sa collection européenne, les pièces doraient, les billets bronzaient, englués de colle. La Belgique s’impatientait, à l’endroit du billet de 100 francs, figurait un trou béant. La pièce manquante. Celle qu’il avait eu tant de mal à se procurer. Fallait croire que les Belges y tenaient, à leur ancienne monnaie.

Depuis son salon sans lumière, le vieux Joseph trépignait. L’oeil rivé sur l’entrée de l’immeuble, derrière ses lourds rideaux tirés, il épiait l’arrivée de la factrice. Il connaissait ses horaires et ses habitudes. Elle passait toujours vers ces eaux-là, après avoir bu un verre avec le Gaspard. Il savait pas ce que pouvaient bien se raconter ces deux-là. Il s’en souciait comme d’une guigne. Lire la suite de « Piège de collection »