Brèves de « contoir »

1. M. Dutrou était fasciné par les trous, les trous dans le mur, les trous de nez, les trous de souris et même les trous normands, un peu trop même, car il buvait comme un trou, si bien qu’un jour, il ne se rappelait plus trop comment— il avait un trou de mémoire— il se retrouva au trou, pour avoir tiré sur un trou… de balle !

Lire la suite de « Brèves de « contoir » »

Apprentie en herbe #1, où l’envie d’écrire voit le jour

Une formation d’écriture ?

Ben tu veux devenir écrivain ? Mais tu vas écrire quoi ? Tes voyages ? Ton végétarisme saugrenu ? Un ROMAN ? Genre un ROMAN ? Avec un titre, des chapitres, des personnages et une histoire ?

Toi, qui as grandi dans un village que personne situe sur la carte de France, tu te prends pour un auteur, une auteure, une autrice, on s’en fout, c’est pareil ?

Mais t’es au courant que c’est difficile d’en vivre ? T’es au courant qu’il y a plein d’écrivains qui seront jamais reconnus et qui écriront toute leur vie seulement pour leur tante ou leur chat ? Et ça flattera leur ego parce que l’un peut pas parler, et l’autre critiquer ?

Tu sais qu’il faut jouer des pieds et des mains dans ce milieu, si t’es pas tombée dans la marmite depuis que t’es tout petite, et que t’es pas un génie ? Enfin, Rimbaud à 15 ans, il avait déjà reçu des prix littéraires pour ses vers ! En latin !

Lire la suite de « Apprentie en herbe #1, où l’envie d’écrire voit le jour »

A very lucky day

-Mes chéris, allez jouer dehors ! Il fait un temps radieux ! Il faut en profiter pour se dégourdir les pattes !

Spike se levait déjà, surexcité à l’idée d’une longue promenade, regardant vers le porte-manteau où pendait habituellement sa laisse.

⎽ Il fait très froid aujourd’hui, maman doit rester au chaud, je vais d’abord mettre une petite veste à notre pauvre petit Lucky. Je veux pas qu’il grelotte, on est quand même en novembre… Et son petit corps, il supporte pas trop, hein qu’il supporte pas trop les grelots le petit bichon à sa maman ? Elle s’était penchée sur une forme qu’il ne reconnaissait que trop.

Sous les yeux horrifiés du vieux Malinois, elle emmaillotait à présent le Yorkshire d’une étoffe bleu turquoise, sertie de fausses pierres clinquantes. Sa joie retomba net. Il allait encore se le trimballer à travers le jardin, lui et ses paillettes. Lire la suite de « A very lucky day »

Radicaux libres

Encore une de ces conneries d’idéologie à la con de carnivores en manque de protéines ! Frémissant de colère, il en oubliait de varier son lexique.

D’un clic rageur, il parcourait l’article tapageur. Une vision quasi insoutenable. La devanture d’un nouveau magasin de fruits et légumes avait subi les affres du mouvement des Viandards. Les carottes avaient été écrasées en purée informe, tout avait été piétiné, éventré, saccagé. On ne savait même plus d’où venaient les choux de Bruxelles. Une véritable boucherie. Pas sûr que cette analogie les amuse.

On était en août 2065. Les activistes frappaient de plus en plus fort, le climat de tension se transformait en véritable guerre de récession. Visiblement, leur groupuscule ridicule prenait de l’ampleur. On ne parlait que d’eux en ce moment ! Ces misérables bouffeurs de barback, ces donneurs de leçons, ces capteurs d’attention ! Il les avait en horreur, il les abhorrait, il les vomissait. Son vocabulaire abondait, il se sentait déjà mieux, il avait une idée Lire la suite de « Radicaux libres »

Le prénom

-Oui, ça ne fait aucun doute, vous allez bientôt vous appeler Corinne !

– Pardon ? Excusez-moi, mais elle déconne pas un peu votre boule, on change pas de prénom comme ça !

– Je ne fais que transmettre ce que je vois !

– M’enfin, comment voulez-vous que je m’appelle Corinne, on m’a toujours appelée Sabrina, il y a sûrement une raison !

– Ecoutez, je lis pas le code civil, moi, mais le futur ! La boule est on ne peut plus catégorique !

Les cheveux moutonnant autour d’une paire de boucles d’oreilles aussi vieille que sa propriétaire, Madame Soleil-deux-points-zéro lisait mon illustre avenir dans une gigantesque boule électrique bleue reliée d’un côté à la paume de ma main, et de l’autre, à un ordinateur rutilant de nouveauté. Encore une admirable idée de ma tante. Elle connaissait la fille d’une amie « ​tu sais, Sofia, la petite, toute morose, comme toi » qui avait consulté, et qui en avait été toute métamorphosée. Après tout, on était dimanche, et comme tous les jours de la semaine, je m’ennuyais : j’avais donc franchi les portes de ladite roulotte, et de ma destinée. Lire la suite de « Le prénom »