C’est peut-être du vent

Bonjour à tous, le Zodiac est de retour à nouveau, avec un texte que je propose aujourd’hui à vos yeux experts. Pour tous ceux qui vivent dans un grotte, ou du moins, qui ne parcourent jamais ces lignes, l’explication du Zodiaque, c’est là : http://zodiac-challenge.forumactif.com/t4-regles-zodiac et si vous voulez un exemple de ce que ça peut donner c’est ici : https://entreleslignes.blog/2019/08/07/lannee-prochaine-filou/. Les thèmes du mois de mai étaient : le vent, le miroir, derrière la porte, le retour. Encore une fois, le titre est d’une grande aide pour déterminer le mot que j’ai choisi d’utiliser ! Bon, peut-être ai-je un peu triché ce mois-ci, et je m’excuse d’avance pour la digression et le jeu de mots qui va suivre, mais vous m’en direz des… nouvelles ! Belle journée à vous, Sabrina.

Fukuoka. Ils sont assis en face l’un de l’autre, enveloppés par les vapeurs des Tonkotsu ramen qui émanent du restaurant où ils se sont donné rendez-vous. 

On est fin septembre. Il vient d’obtenir son master d’ingénierie urbaine et environnementale à l’université de Kyushu. Cinq années plutôt compliquées, à travailler d’arrache-pied pour réussir à décrocher ce sésame. Il peut être fier de lui, et il a envie que Daisuke, ce père qui le regarde d’une mine sévère, le soit aussi. Ils se dévisagent tous les deux, ne sachant trop quoi se dire. D’une signe de tête, Haru fait s’approcher la serveuse. Il veut boire un saké. Il en prend deux. Daisuke semble approuver, et se lance enfin. 

— Eh bien, mon fils, je suis extrêmement fier de toi ! Tu as travaillé dur pour obtenir ce diplôme et ta mère serait honorée de savoir que tu es devenu un beau garçon diplômé ! Ah ça, un master, c’est pas donné à tout le monde !

Les sakés arrivent à ce moment-là. Ils les engloutissent avec une avidité non feinte. 

— A ta santé, fils, tu le mérites. 

— Merci, père. 

Daisuke, échauffé par l’alcool de riz, le regarde maintenant avec une bienveillance toute nouvelle. Haru fixe ses pieds, gêné. Les mots lui manquent. Il aurait tant de choses à lui dire. Mais il est des questions qui ne se résolvent pas autour d’un saké. Toutes ces nuits, il s’est imaginé ce qu’il lui dirait. Tout s’est envolé maintenant. Son père, de nature autoritaire, mène la barque, il prend les commandes, s’exclamant à la serveuse que c’est la fête, qu’on ne devient pas tous les jours un grand garçon. 

— Que vas-tu faire, maintenant ?

— J’ai plusieurs propositions pour travailler dans des ONG. 

— A l’étranger ? 

— Non, ici, à Tokyo, Osaka et même… Fukushima. J’ai de bonnes références grâce à mes stages. 

Une ombre passe sur le visage du père. 

— Fukushima, oui… Enfin, regardez-moi celui-là ! Il a des offres à travers le pays ! C’est magnifique ! Alors, tu vas pouvoir te trouver une jolie compagne et te marier, comme ton vieux père !

— J’en suis pas encore là. Ca arrivera, si ça doit arriver. 

— Allons, on ne peut être complètement heureux si on reste seuls, tu sais bien !

— C’est ce que maman disait toujours. 

— Oui, évidemment. 

— Tu sais que j’aurais voulu que vous soyez là. J’aurais voulu que tu me soutiennes en fait. 

— Je sais fiston. Après la mort de ta mère, c’était compliqué. Je pouvais pas. J’ai pas pu rester à Fukushima. Je le regrette, et le regretterai sans doute jusqu’à mon dernier souffle. 

— Je t’en ai tellement voulu. 

Les larmes lui picotent les yeux. 

— Haru, pas un jour ne s’est passé sans que je pense à toi. Je savais qu’on prendrait soin de toi et qu’ici, à Fukuoka, ta tante pourrait t’offrir le meilleur ! Regarde, tu es masterisé maintenant ! Et puis, un arbre n’est jamais totalement séparé de ses fruits quand ils tombent à terre. C’était pour ton bien, parce que ton pauvre père, parce que… enfin… je t’aime mon fils. 

C’est peut-être du vent, mais ces mots l’ébranlent, ce sont eux qu’il est venu chercher. Il regarde cet homme dont l’assurance tremble, ratatiné à présent sur son siège. Haru se lève et le prend dans ses bras. C’est déjà l’heure de se quitter, il le sait. Il se tourne une dernière fois vers ce père et lui glisse une enveloppe entre les doigts. 

Daisuke reprend la route, le coeur lourd, l’esprit embrumé. Ca avait été plus rude qu’il ne l’avait imaginé. Déjà, son téléphone clignote sous les notifications. Il ouvre l’enveloppe et y voit des billets, la somme convenue, et un simple petit mot “merci”. Il a un pincement au coeur. Mais il doit déjà repartir. Pour une autre mission. Certaines sont plus faciles que d’autres. Cette fois-ci, il prendra le rôle d’un oncle, du nom de “Makoto”, ce qui signifie sincérité en japonais. Il en aurait presque souri. Il commence à lire les infos sur son nouveau personnage pour l’entrevue dans un bar du quartier branché de Daimyo. Il jette un dernier coup d’oeil à la silhouette solitaire qui s’enfonce dans la frénétique Fukuoka, et soupire cette ville insensible aux chagrins des siens.

Il ne voit déjà plus Haru.

Et si vous avez aimé, n’hésitez pas à le dire (ça fait toujours plaisir), et à me suivre, toujours par là !

Je marche seul

Dernier jour avant la fin du mois d’août, et je persévère dans mon espoir de rattraper le Zodiac Writing Challenge (toujours ici pour les intéressés http://zodiac-challenge.forumactif.com et tous mes textes pour ce challenge sont dans la catégorie Textes d’hiver sur le blog, sous une photo du zodiaque) ! Comme je l’ai dit dans mon dernier article d’apprentie en herbe, (https://entreleslignes.blog/2019/08/27/apprentie-en-herbe-4-ou-le-secret-de-lecriture-ou-dun-titre-accrocheur/) il ne faut jamais cesser d’écrire ! Que ce soit sur un long projet, sur des consignes, dans des ateliers, dans des forums, pour des concours… Je vous laisse donc découvrir ma publication « Je marche seul », un titre qui évoque peut-être, à l’approche du mois de septembre, les doux souvenirs d’un été en goguette. Une fois n’est pas coutume, je ne dis rien sur ce texte avant que vous ne le terminiez et que vous deviniez le thème que j’ai choisi et les contraintes que je me suis imposées parce que quand on aime, on ne compte pas ! Bonne lecture à vous !

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Au bout de l’arc-en-ciel

Je continue sur ma lancée du Zodiac Writing Challenge et mon objectif de rattraper mon retard (mes deux précédents textes sont ici https://entreleslignes.blog/2019/08/13/une-declaration/ et https://entreleslignes.blog/2019/08/07/lannee-prochaine-filou/) avec cette proposition du mois de mars : -écrire à partir d’un tableau / par-delà les montagnes/ un étrange sourire / au bout de l’arc-en-ciel. Bien évidemment, nul besoin de revêtir les frusques de Sherlock Holmes pour deviner sur quelle thématique mon choix s’est naturellement porté. Changement de ton pour cette troisième proposition, parce que, pour ceux qui commencent à me connaître, j’aime aussi quand l’écriture invite (un peu) à la réflexion. Pas d’inquiétude, ça reste du format court, du presque 3000 signes comme dans la consigne, alors, n’ayez pas peur de découvrir ce qu’il y a, au bout de mon arc-en-ciel. Belle lecture à vous, et magnifique journée.

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Homo Erasmus

Bonjour à tous, me revoici avec une nouvelle participation à un concours de nouvelles en mai dernier, pour le joli mois de l’Europe, proposé par la région Nouvelle-Aquitaine ! La règle était simple, 400 mots pour écrire une petite histoire mettant à l’honneur notre belle Europe. Le sujet était tout trouvé pour moi, vous qui me connaissez et qui savez à quel point Erasmus a marqué un tournant, dans ma vie, et dans mon esprit. Rien que ça ! Je vous laisse donc découvrir ce très court écrit, qui, je m’en rends compte maintenant, a plutôt des allures de slam, que celles d’un texte abouti. C’était néanmoins un bel exercice pour moi et j’espère que vous aurez autant de plaisir à le lire, que moi, à replonger dans mes souvenirs.

PS : il va sans dire, que ce texte n’a pas été sélectionné, mais comme je suis en train de lire la biographie de Stephen King, et qu’il s’est fait refuser des paquets de textes, je me dis qu’il y a de l’espoir 🙂 ! Je vous en parle dans un très prochain numéro de ma section « Apprentie en herbe ». Belle journée à vous. Sabrina

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L’année prochaine Filou

Me voici en vacances ! Mais comme cela ne rime pas (toujours) avec paresse, je vous livre depuis un clavier QWERTY un texte sorti tout droit d’une après-midi sous le soleil de la Bretagne (si si, c’est possible) juste avant mon départ ! C’est le premier d’une longue série, précisément 12, car c’est un challenge qui propose de suivre une règle toute simple : 1 mois, 1 signe du zodiaque, 4 thèmes imposés, une nouvelle de 3000 signes ! Je commence légèrement en retard donc, avec ma nouvelle de janvier, pondue en juillet car une vie sans challenge serait ennuyeuse, n’est-ce pas ?

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13 heures pétantes

Bonjour à tous, je vous retrouve aujourd’hui à la veille des vacances avec un nouveau texte à vous présenter. Je l’ai écrit en mai dernier, et quand je le relis, j’ai l’impression que ce n’est pas vraiment moi, d’ailleurs j’ai toujours du mal à relire mes écrits après quelque temps, on remarque plus facilement les défauts, les failles et ce qui déraille…

C’était ma première participation à un concours, proposé par Aleph Ecriture, un organisme d’ateliers d’écriture (sans blague) dans le cadre du prix de l’Inventoire. Il fallait en 400 mots, parler de ville, et d’un événement qui la bouleverse. Même si je ne fais pas partie des lauréats, je suis ravie de pouvoir le partager aujourd’hui, afin de recueillir vos opinions sur ce texte produit dans un cadre auquel je ne m’étais jamais frottée. Il me tarde tout de même de découvrir les oeuvres gagnantes, et de renouveler l’expérience dans d’autres concours, car il paraît que c’est en forgeant qu’on devient forgeron 🙂 Merci d’avance pour vos lectures et belle journée à vous ! Sabrina, qui s’en va quelques jours au vert, avec ses amis, le sac en bandoulière et le coeur léger ! Pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’écriture, n’hésitez pas à checker le site de l’organisme qui propose des options sympas, que je garde en tête !

https://www.aleph-ecriture.fr/

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Coup de pouce du destin

          Assis au fond de sa roulotte, Mark se roulait une énième cigarette. La nuit commençait à poindre, sur le désert de Slab City, enveloppant ses habitants d’un peu de fraîcheur et de somnolence. Seules quelques cordes crissaient sous les doigts fripés des plus vieux des résidents. On entendait au loin les rires d’irréductibles fêtards et de fieffés alcooliques. Les jeunes s’adonnaient à une partie de cartes serrée sous les lampions. Ce soir, il restait tranquille. Il avait même refusé les avances peu déguisées de Georgina, légèrement éméchée qui faisait semblant d’ignorer que son nombril était à l’air, faisant briller des pierres bleutées à la lueur des lanternes. Georgina avait du caractère, et ne parlait pas beaucoup de son passé. Il ne connaissait presque rien d’elle, à part ses cheveux ondulés et son nombril percé. Fallait pas la lancer sur la poésie, c’était une mordue ! Elle avait dû aller à l’université, peut-être même Harvard, qui sait. Enfin, il l’aurait repérée. Il l’aurait vue sur leur site.

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Numanité

Dans un temps pas si lointain.

Lance pressa le pas. Sa journée était enfin terminée. L’agente l’avait longuement fixé quand il avait pointé ses horaires devant l’holodateur. Il avait vite sorti son XPhone. L’agente avait incliné la tête, un air d’approbation sur son visage rigide. Déjà engloutie par son écran, elle ne prêtait plus grande attention au visiteur. La musique, en spirale entêtante, couvrait les bruits des va-et-vient des travailleurs qui se succédaient toutes les 4 heures pour réparer les écrans. Un autre agent, d’un geste automate, avait vérifié l’exactitude des données virtuelles qui flottaient au-dessus de Lance.

Il continuait de marcher, les yeux rivés sur son XPhone, comme tous les autres Numains autour de lui. Lire la suite de « Numanité »

Le diable au doux regard

               A l’aube du XIXème siècle, le hameau du père Rameau ne dormait plus. Les volets étaient constamment tirés, les propriétaires, savamment planqués. On était au début du printemps, mais le couvre-feu avait chassé fleurs et habitants. Les villageois fuyaient les sentiers boisés et les parcs arborés. Les quelques courageux à sortir, le faisaient par nécessité, lorsqu’il fallait meubler les tables austères.

Les pavés vides, impavides, se languissaient des beaux jours où on les martelait joyeusement. Les murs des vieilles bâtisses se teintaient de tristesse, et les ruelles redoutaient l’absence de jeunesse. Les écoles étaient fermées jusqu’à nouvel ordre, et les femmes cloîtrées jusqu’à fin du désordre. Dans le village du père Rameau, un seul écho : celui des grilles qui claquent et des familles qui craquent. A l’intérieur, on implorait les cieux, on baignait de larmes nos yeux, on se mettait à être pieux.

Insatiables, intarissables, les rumeurs grondaient et grandissaient.

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L’espera, ou la quête d’un Néro pas comme les autres

La forêt, immense, dense, perfide, se dressait devant lui.

Des jours entiers, il avait marché, seul, sous le soleil bouillant et torride, près de points d’eau arides. Il n’avait reculé, ni devant les hordes de hyènes qui l’avaient pourchassé, ni devant les doutes qui l’assaillaient. Il avait tant essuyé de moqueries, tant souffert de tyrannie.  Il touchait enfin cet instant salvateur, où il serait doté de rayures, comme les autres.

Ce doux mirage miroitait devant ses yeux épuisés. Celui qui le poussait à poursuivre, malgré les douleurs lancinantes qui lui courbaient les pattes.

Néro, ce zèbre tacheté comme un guépard voyait enfin surgir, dans les branches qui s’enchevêtraient, l’espoir de contrer le mauvais sort et son pelage d’infortune. Lire la suite de « L’espera, ou la quête d’un Néro pas comme les autres »