La chute de sa Majesté (des mouches)

Dur dur de tenir le rythme d’écriture. Mais je reviens enfin avec un nouvel exercice facétieux dans le royaume des mouches. Je vous le livre tel quel, m’excuse par avance pour la vulgarité du métier de M. Mouche, mais en même temps, il n’est pas le seul à l’exercer dans toutes les sphères de notre société 😉 ! Voici la consigne proposée, toujours sur le blog de Pascal Perrat. Il fallait compléter ceci :

La famille Mouche n’était jamais venue à Paris. Pour leur visite, tonton Bourdon avait prévu un programme de touriste : harcèlements sur un bateau-mouche, visite guidée au Musée de l’étron, déjeuner gourmet dans une poubelle du 16e, mais ce qui devait leur laisser un souvenir

Voilà ce que ça a donné ! Bonne lecture !

Pour leur visite, tonton Bourdon avait prévu un programme de touriste : harcèlements sur un bateau-mouche, visite guidée au Musée de l’étron, déjeuner gourmet dans une poubelle du 16e, mais ce qui devait leur laisser un souvenir impérissable serait sans doute ce qu’ils appelleraient par la suite l’incident, survenu en fin de fly trip, dans un restaurant somme toute ordinaire, dans lequel tonton Bourdon, habitué des jeux de mots et autres calembours, avait cru bon d’inviter la famille : « la Mouche qui louche ».

Brundle, le patriarche de la famille, un enculeur de mouches de père en fils – depuis 2002 -, avait ri avec bonhomie de la facétie, en donnant un coup de tapette sur l’épaule de sa femme qui elle, n’avait pas bougé d’une aile. Depuis qu’on lui avait dit qu’elle ne retrouverait plus son poids mouche, elle la faisait plutôt fine, la mouche. Le fils, lui, avait à peine hoché la tête ; peu habitué à changer d’environnement, et donc blasé devant tout changement, il passait ses journées à se moucher, ayant contracté un méchant rhume des villes sur le bateau-mouche.

—Mesdames, messieurs, avez-vous choisi ? s’enquit un serveur qui avait dû, par souci du détail, être embauché pour ses yeux, bien globuleux.

—Excusez-moi, une question sur votre viande, s’avança le patriarche, qui n’aimait pas vraiment ça, mais qui n’aurait jamais osé l’assumer en public, devant tonton Bourdon de surcroît.

—La meilleure des meilleures, susurra le serveur dont la conviction faisait encore plus ressortir la rondeur de ses yeux. Une véritable viande à mouches, triée sur le volet, littéralement ! Sur le volet de la ferme aux mille vaches !

—Ah bon, bon, répondit Brundle, qui n’y connaissait rien, mais qui avait appris à masquer son ignorance banale, par la redondance lexicale.

—Et pour votre poisson, s’inquiéta madame Mouche, qui avait jugé la sauce meunière moins grasse que la sauce poivrière, ce qui était contestable dès lors que l’on passait les portes de la cuisine.

—La quintessence de l’océan, le super de la mer, une pêche à la mouche, du riz à la louche, s’enthousiasma le serveur, dont les yeux étrangement, s’étaient rétrécis sous l’effet de la poésie.

—Ah parfait, murmura Madame Mouche, qui n’avait au fond guère envie de faire du mal à une mouche, mais que les légumes écœuraient… et, pour être honnête, ballonnaient.

—Tsé tsé que le boisson, c’est le bire blat pour bousiller la blanète ? se réveilla soudain le fils, derrière son mouchoir, devant un auditoire que l’on jugea, à juste raison, « dés-hameçonné ».

—Quelle mouche le pique ? fit semblant de s’indigner, Didier, alias tonton Bourdon, pour détendre l’atmosphère. En réalité, il jubilait comme une reine d’Angleterre.

—T’es dengue ou quoi ? s’exclama le patriarche qui faillit s’étrangler avec son verre de vin, qu’il trouva aigre.

—Oh mais étron à la fin ! s’écria Madame Mouche qui ne disait jamais un gros mot plus haut que l’autre.

On ne sut jamais ce qui fit le plus mouche dans la tablée, le phrasé, ou sa portée.

—Enfin, mouchérie, calme-toi, ça va bien se passer. Tu sais comment est ton fils… glissa le patriarche en mimant quelqu’un qui aurait une araignée au plafond.

—C’est aussi le tien ! Didier, merci merci merci, il a fallu que je traverse le tout Paris, pour que je comprenne enfin qui je suis ! J’en ai excrémement assez de servir sa Majesté !

—Sa majesté ! Bah ! Mais enfin, tu délires mouchérie…

— Oh non ! Marre de me toiler la vase ! Je me tue-mouche à la tâche depuis notre mariage, et mouche-ceci et mouche-cela et tout ça pour quoi ? Pour un pointeur du doigt et pour… un enculeur de mouches ?

—De père en fils, je te prie !

—Bzz Bzz ! Ras le bol ! Je reprends mon envol !

Et Madame Mouche s’était envolée, du moins, elle s’était levée, avait jeté la serviette à carreaux rose – devant les yeux exorbités du serveur qui adorait ces serviettes – avait regardé, pour la dernière fois, ce fils ingrat et Brundle, bien gras.

Ce fils et Brundle, qui n’avaient pas su quoi faire, et qui finalement se diraient que de l’étron, du bateau-mouche, de la Tour Eiffel, cet épisode serait le plus marquant de leur virée parisienne, et Didier, alias tonton Bourdon avait ajouté, parce qu’il avait toujours aimé les ragots et les calembours « Hum, encore une preuve qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ».

Brundle avait ri jaune, devant son verre de vin…aigre.

Alors, qu’en pensez-vous de ma version des Mouches ? Pour me lire et me suivre, c’est là !

Crédit Photo : Pixabay.

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