La folie des glandeurs

Après avoir passé mon dimanche dernier à glander, je reviens avec un titre (et un texte) peut-être un peu provocateur, qui m’a été inspiré par une promenade avec Mister C, qui au détour de la conversation, a trouvé cette formule « la folie des glandeurs » je ne sais plus pour quelle raison. Sur le coup, le titre m’a tellement amusée (chacun son humour hein) que je me suis dit qu’il fallait absolument que je trouve comment le transformer en une nouvelle… Le voici donc enfin, en ce jour du seigneur. Comme toujours, humour, troisième degré et distance sont nécessaires à la lecture de ce texte ! Si tu me connais bien, tu sais que je ne suis qu’amour, alors, amis glandeurs, un peu de légèreté, ce texte n’est pas à prendre au pied de la lettre 🙂

Vous voulez que je vous raconte une histoire ? Elle est un peu funeste, mon histoire, elle s’est déroulée dans le bourg d’un village dont le nom m’échappe à présent. Il faut dire qu’elle remonte sacrément dans le passé. Tout commença avec un être que tout le monde qualifiait d’insignifiant. Certains même allaient jusqu’à dire, d’inexistant. Or, n’y a-t-il rien de plus terrible pour un être, que de ne pas exister ? Je ne veux pas m’abaisser à vous faire de la psychologie de comptoir, mais si on devait retracer les origines de ses problèmes, on remonterait certainement au problème même de son origine. Aux yeux de la société et au creux de l’humanité, cet être vivait sans exister. Personne ne remarquait son absence, ni sa présence.  

Il passa ainsi son enfance et son adolescence, un peu potache, sans panache, sans attache. Dans sa famille de 5 frères et sœurs, les parents répondaient toujours 4, pardon 5, quand on s’informait sur le nombre de leurs progénitures. À vrai dire, cet être ne faisait rien de spécial pour se faire remarquer, il ne faisait rien de mal non plus, il ne faisait rien du tout, tout court. En fait, il glandait. Il glandait tant et si bien qu’on le surnomma le glandeur. Vous pouvez penser que ce sobriquet l’affecta au plus point. Ce fut tout le contraire ! Pour une fois, on lui reconnaissait une identité ! Alors, il continua à glander. S’il put se permettre de glander jusqu’aux classes de lycée, au baccalauréat, il eut moins de succès. Il essuya plusieurs échecs à l’examen national, au point que l’éducation, nationale elle aussi, émit l’idée de lui donner le diplôme pour que le glandeur débarrasse le plancher, et les bancs du lycée. La proposition fut bien sûr jugée anticonstiut… anticonstitution… anticonstell… non recevable, et au bout de la 5e année, le glandeur dut se résigner.

Si jusque-là, les parents avaient toléré la présence de ce 5e élément dans leur foyer, ils décidèrent que trop, c’était trop, et qu’il était temps pour lui de se dégoter un boulot. Il faut penser que les planètes étaient fort bien alignées, on cherchait un cireur de banc en freelance dans la région. Il accepta le poste, mais à temps partiel, pour pouvoir continuer à glander l’autre moitié du temps. Il ne tarda pas à déménager dans un studio petit mais fonctionnel, où le lit servait aussi de canapé et de table à manger. On approchait des années 2000 quand il découvrit Internet et les possibilités multiples qui s’ouvraient à lui dans le domaine de la glande. Avant cela, il se contentait de jouer au FreeCell ou au démineur sur son ordinateur. Un jour qu’il glandait sur voila.fr, il reçut un message.

Toi aussi, tu glandes ?

Une telle approche ne manquait pas d’accroche. Il répondit « oui ». Il tremblait. Très vite, la discussion se poursuivit, abreuvée de smileys et de mots bienveillants. Seul glandeur qu’il se croyait, il découvrit qu’en fait, ils étaient plusieurs ! Bientôt, il passa toutes ses heures en ligne dans cette communauté. On l’écoutait, on l’épaulait, on l’estimait. Bref, pour une fois, on le voyait ! Sa conscience augmenta. Sa réalité aussi. Très vite, il participa à des réunions secrètes qui se tenaient la nuit, dans l’arrière-boutique d’un vidéoclub. Oui, pour voir ce que c’est, faut être né déjà depuis un sacré temps. Il se mêla aux nombreux adeptes, cachés sous d’épaisses casquettes, rassemblés autour de Glosho, le Glandeur Suprême, qui répandait sa lumière ultra-violette et extra-lucide. L’être voulut connaître l’illumination dont parlait Glosho dans toutes ses interventions interstellaires. Il lui acheta son anthologie de la glande en sept tomes. Ça ne lui suffit pas. Il s’investit de plus en plus. Son porte-monnaie aussi.

— Tu es en chemin, mais encore loin de la glande universelle. Il faut revenir à l’essentiel. Posséder des biens te dépossède du bien.

Le glandeur ne fut pas sûr de comprendre mais il revint à l’essentiel. Il se débarrassa de tous ses meubles et les offrit à la Fondation des Glandeurs. Il ne garda que son ordinateur. Il bazarda même son lit, pour dormir sur le sol, au plus près de la terre, et de la vérité.

— Le travail te pervertit et t’abrutit, il te rend tout petit alors que ton pouvoir de la glande est grand.

Il ne se présenta plus à son travail. Puis, délivré du rythme journalier imposé par son emploi, il cessa de se nourrir à chaque repas. Manger l’éloignait de la lucidité. C’est comme s’il trichait.

— Écoute cette compilation si tu veux accéder à l’illumination. Tu comprendras pourquoi quand tu seras prêt à l’entendre, lui avait soufflé Glosho.

Sans le réaliser, concentré à toujours plus glander et à écouter son CD, il arrêta de manger un jour, puis deux, puis six.

Le 8e jour, le glandeur fit une mauvaise manipulation sur son ordinateur et se mit à écouter toutes les musiques à l’envers. Ça ne le gêna pas plus que ça lorsqu’il déchiffra les premiers mots. Jamais… Avoir… Vécu… Être… Leurre. Il eut LA Glande Révélation !

Le reste, vous l’avez lu sans doute dans les journaux à l’époque, pour peu que vous étiez déjà né au début des années 2000. Un garçon sans nom sans vie dans un minuscule appartement jonché de feuilles gribouillées de remerciements à Glosho et… Barbelivien. Apparemment, en écoutant ses chansons à l’envers, le glandeur avait compris le message : l’illumination viendrait par l’absorption de l’eau de javel. Les antieaudejavellistes ont fait passer un sale quart d’heure aux vendeurs du produit ! Et ce Glosho, vous allez me demander ?! Jamais poursuivi ! Le Glandeur Suprême assura n’être qu’un vecteur terrestre dans la recherche de la Glande Vérité ! Glosho roule aujourd’hui sur l’or, et dans une belle décapotable. Il continue à offrir ses savoirs cosmiques, mais en live, sur Facebook ou Instagram. Ses adeptes ont passé la barre du million. Et moi, je n’ai jamais eu la force d’écouter Barbelivien, à l’envers, ni à l’endroit.

Alors, qu’est-ce que tu en as pensé ? N’hésite pas à me laisser un commentaire, et si tu veux suivre l’actu de ce blog, suis le bouton rose !

Crédit photo Monsters by Sabrina P.

Le fourre-tout littéraire

Du saumon et des hommes (des mots, une histoire)

Bonjour à tous, aujourd’hui, c’est vendredi et pas dimanche (même si en ce moment, c’est plus délicat de suivre les jours de la semaine). Pourquoi ce changement dans mon programme du Sunday que je suis scrupuleusement à peu près depuis un mois ? Eh bien, tout simplement parce que je participe pour la première fois à l’atelier d’écriture proposé sur le site d’Olivia Billington. Le principe est simple. Chacun peut ajouter un mot en commentaire, et pis y a plus qu’à faire une tambouille de toute cette récolte de mots pour créer une petite histoire. Voici la mienne avec la liste suivante pour Des mots, une histoire, 44 : délétère / Terre / extrait / prologue / grotte / atmosphère / prophéite / guérisseuse / marri. Me demandez pas d’où m’est venue cette idée saumonée… Bonne lecture !

PS : mon récit Clair de Lune a été accepté sur Short Edition pour le grand prix du court, récit inédit, hésitez pas à aller le lire… et voter, qui sait ?

Prologue : ce conte que vous allez découvrir se passe dans une contrée contrariée, que l’on appelle la Délé-Terre. 

Le fourre-tout littéraire

Wild Wild World

Bonjour à tous, c’est dimanche, jour du confinement ! Comme le coronavirus ne s’attaque pas encore à la créativité, j’en profite pour vous offrir un texte qui ne rentre dans aucune case, ni celle du Zodiac, ni celle de l’Agenda Ironique, ni du Bric à Book. Je n’en dis pas plus pour ne rien vous dévoiler, et j’attends vos commentaires en fin de lecture. De mon côté, préparation d’un nouvel Apprentie en herbe, et travail sur mon recueil en parallèle. Si vous ne savez pas quoi faire, et que vous avez maté tout Netflix, parcourez les diverses catégories, la nouvelle (La Bibli roulante) avec mes lectures et je suis en train de réfléchir à une autre dans le futur, dont je vous parlerai en temps voulu ! Beau dimanche à vous, Sabrina.

Le fourre-tout littéraire

Demain est un autre jour (Zodiac challenge 2020)

C’est mon anniversaire, paraît-il ! J’ai atteint l’âge de Jésus-Christ, ou d’une vieille marque de binouze, je ne sais lequel est le plus glorieux des deux. Alors, comme je suis d’une générosité sans faille, je vous offre le premier Zodiac de 2020 (certains ont peut-être vu passer l’info sur ma NoFakeNewsLetter, pour s’y abonner, c’est en bas de cette nouvelle), non parce que j’ai l’âge de Jee Zeus, mais parce que je rempile pour une année de défis littéraires (comme ici), pour éviter que mon écriture ne rouille. On embarque pour les thématiques de janvier : – Retour à la case départ- Une bonne résolution- Errance – Demain sera toujours demain. Pour ceux qui ont oublié mon anniversaire, vous avez quelques heures pour vous rattraper, quoi qu’il soit, sachez que si vous ne le saviez pas, je vous pardonne mes enfants. Et si vous buvez un coup à ma santé, faites-moi plaisir, achetez-vous une vraie bière :)! Belle lecture à vous.

Le fourre-tout littéraire

Calico Jack (Agenda Ironique de décembre)

Le mois de décembre est fou, au niveau de l’écriture et des nouvelles ! Mais je tiens la cadence comme on peut ! Pour rappel, le Zodiac Challenge est bouclé, terminé, achevé (yihaa !), pour lire la dernière bulle des signes astrologiques, cliquez donc ici ! D’un autre côté, les heureux receveurs de ma NoFakeNewsletter (abonnez-vous en bas si vous souhaitez la voir dans votre boîte) ou les bons observateurs ont remarqué une nouvelle catégorie sur mon blog Recueil Edité Esprit Livre, où vous pouvez commander le chouette recueil où j’ai eu la chance de voir deux de mes nouvelles éditées. Mais aujourd’hui, voici ma participation pour l’Agenda Ironique de décembre chez Carnets Paresseux, où il fallait inclure partir d’un détail de l’atlas nautique du monde, deux dates, et les mots tatillon / Noël / demain / gouffre / échelle / demain, bref, tout est mieux expliqué ici !! J’espère que la consigne est respectée, et que mon récit vous fera… voyager ! Suivez mon Calico Jack !

Le fourre-tout littéraire

Coup de pouce du destin

          Assis au fond de sa roulotte, Mark se roulait une énième cigarette. La nuit commençait à poindre, sur le désert de Slab City, enveloppant ses habitants d’un peu de fraîcheur et de somnolence. Seules quelques cordes crissaient sous les doigts fripés des plus vieux des résidents. On entendait au loin les rires d’irréductibles fêtards et de fieffés alcooliques. Les jeunes s’adonnaient à une partie de cartes serrée sous les lampions. Ce soir, il restait tranquille. Il avait même refusé les avances peu déguisées de Georgina, légèrement éméchée qui faisait semblant d’ignorer que son nombril était à l’air, faisant briller des pierres bleutées à la lueur des lanternes. Georgina avait du caractère, et ne parlait pas beaucoup de son passé. Il ne connaissait presque rien d’elle, à part ses cheveux ondulés et son nombril percé. Fallait pas la lancer sur la poésie, c’était une mordue ! Elle avait dû aller à l’université, peut-être même Harvard, qui sait. Enfin, il l’aurait repérée. Il l’aurait vue sur leur site.

Nouvelles Esprit Livre

La Lionne et le Matador

Le Matador souriait. La bête, plus si sauvage, capitulait.

L’arène frémissait, accrochée aux derniers instants de cette mort proclamée.

Fallait se rendre à l’évidence, elle était coincée, cernée : un animal.

Le souffle court, elle attendait. Étourdie, troublée, elle pantelait. Elle s’était démenée tout du long, mais cette fois, elle ne pouvait gagner. La bataille avait été épuisante, ardue, et sous les applaudissements d’une audience prise entre la fierté et les larmes, elle rendait les armes. Elle le sentait. Sous les bannières colorées, c’était son grand final.

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