Miroir aux alouettes

Bonjour à vous ! L’été passe à une allure folle et comme toujours mes résolutions au niveau de la régularité d’écriture tombent à l’eau… Ceci dit, je ne chôme pas même si je suis en vacances. Mes ouvrages sont toujours disponibles dans toutes les librairies, mon chat littéraire s’exerce toujours à la chronique littéraire et mon compte FB se remplit de très courts textes. Et comme cela fait longtemps que je n’ai rien publié par ici, voici 2 textes courts pour le prix d’un en cette jolie journée du 15 août ! Tous inspirés par les consignes du blog entre2lettres. N’hésitez pas à commenter et me dire lequel de ces écrits a votre préférence. Bonne lecture à vous !

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  1. Miroir aux alouettes

Il était une fois, une planète couverte d’étranges bois, futaies et frondaisons. S’y trouvaient, parmi tant d’autres, des forêts de tire-bouchons, des bosquets d’aiguilles à tricoter, des taillis de bigoudis et des haies de cure-dents. Les habitants, les peur-de-manquer-d’un-rien avaient planté et planqué des réserves affolantes de tout ce qui leur servait au quotidien. Ainsi, poussaient à l’unisson et à foison des buissons de brosses-à-dents, des maquis de démaquillants, des bocages de cordes-à-linge et même des massifs pour les canifs.

Un jour que le chef des peur-de-manquer-d’un-rien se baladait dans ces forêts, admirant ici et là cet habitat disparate d’objets d’habitation, il remarqua une nouvelle espèce d’arbrisseaux qu’il n’avait jamais vue auparavant. Ça alors ! Il était persuadé d’avoir laissé cet espace vierge pour y faire pousser des pieds de chausse-pieds. La curiosité piquée, il se rapprocha.

Paf ! Il tomba à la renverse. L’objet était si étincelant qu’il eut l’impression de se faire gifler par le soleil. La curiosité repiquée, il se remit sur pattes et s’approcha à nouveau.

Pouf ! Il tomba une deuxième fois. L’objet était si stupéfiant qu’il le bazarda presque dans le sommeil.

C’est que pour la première fois de sa vie, il pouvait… se voir ! Son visage, son nez, sa bouche, ses oreilles ! Mais enfin, ces traits tirés, ce faciès froncé, ce regard gourmet, c’était lui ! Il était magnifique ! Cette découverte était gigantesque ! Une nouvelle ère s’ouvrait pour les peur-de-manquer-d’un-rien : une ère où l’on pouvait enfin se regarder, se mirer, s’admirer ! Lors du conseil rassemblé en urgence, ces étranges objets furent honorés, les miroirs étaient nés.

Après toutes ces années sans savoir à quoi bon l’on pouvait ressembler, où l’on se maquillait sans savoir si on n’en mettait guère à côté, à se coiffer sans vérifier si la chevelure était assez bouclée, à se brosser les dents sans que l’efficacité (ou l’utilité) soit avérée !

En quelques semaines, les miroirs prirent de plus en plus de place dans les poches et les cœurs des peur-de-manquer-d’un-rien. Et d’espace dans les forêts.

— Le plan fonctionne à merveille, chef Alouette.

— Oui, sergent Alouette, ces peur-de-manquer-d’un-rien sont comme tous les autres. Ce n’est plus qu’une question de jours maintenant. Vous connaissez la chanson…

— Alouette, gentille alouette…fredonna le sergent.

Le chef Alouette sourit. Quelle que soit la planète, ces êtres finissaient toujours par le même sourire béat sur les lèvres, entourés d’objets pour sauver les apparences dont ils ne se servaient pas, étouffant l’air qu’ils ne préserveraient pas.

2. Concours de circonstances

L’imprévu croisant le hasard :

— Salut cousin, comment vas-tu ?

— Moins imprévisible, ces derniers temps, j’ai l’impression de mal les faire choses. Et toi ?
— Figure-toi que je n’arrive plus à imaginer le moindre aléa.

— M’en parle pas, c’est l’enfer en ce moment avec les vacances d’été… tout est organisé, au moindre détail près…

— Mais c’est exactement ça ! Elle est où l’aventure ? La joie de la panne de voiture ? Le frisson de l’inconnu, la mousson sur le barbecue ?

— À mon avis, ce sont toute ces applis qui leur ont fait plier bagage…

— Clair… les hôtels sont déjà réservés, notés, conseillés ou carrément déconseillés… Même plus possible de laisser un petit poil sur l’oreiller sans être démasqué…

— Le resto, c’est pareil… Chaque bout de table est contrôlé, chaque rond de serviette, chaque carré de serveur… Et le plat en sauce qui tombe sur une chemise écrue ? Et le resto qui vous plombe, qui ne climatise plus ? Et les frites maison qui n’en ont que le nom ? Et ce bloc de béton qu’on ose appeler steak de thon! Il est où le charme secret des vacances ? Le drame léger de la négligence ?

— Ah j’te le dis… Les touristes peuvent même plus se faire entuber royalement ! C’est d’une tristesse…

— Mais ouais… y a plus de mystère, plus de surprise… Les gens voyagent comme ils organisent… Il y a une heure pour se lever, une heure pour se laver, une heure pour se lover… Même au pieux, je peux rien faire !

— C’est sûr, c’est même plus drôle d’être célibataire ! On s’est même pas dit bonjour, qu’on sait déjà comment l’autre aime faire l’amour ! Il est où le suspense ? C’est donc ça, être sapiens ?

— Maintenant, faut toujours tout prévoir… savoir quand il va pleuvoir… les heures du lavoir… le pourcentage d’un avoir… le film qu’on va voir…

— Franchement, je te le dis, cousin, ch’ais plus quoi faire moi, je suis au chômage technique…

— Pareil pour moi, les temps sont durs. Mais toi encore, t’as de la chance, t’as encore ta femme.

— Maladie ? C’est sûr, heureusement qu’il y a toujours my lady.

— Eh oui, tu peux toujours compter sur elle pour te refiler du boulot.

— Ça c’est vrai qu’on fait une bonne équipe, ça me permet de bosser un peu grâce à elle, de boucler la fin du mois difficile.

— Ah ça, le hasard fait bien les choses, hein.

— T’es bête. T’as prévu quelque chose ce soir ?

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3 réflexions sur “Miroir aux alouettes

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