Jugera bien qui jugera le dernier

Bonsoir à tous, me voilà de retour ! Le mois de février est là, plein de ses promesses du printemps à venir (il n’est jamais trop tôt pour s’y préparer) et de l’inspiration littéraire ! Car, oui, pour l’instant, (et pourvu que ça dure), je tiens mes engagements au niveau de l’écriture, et relève le défi proposé par l’école « Les Mots » (plein d’ateliers sympas proposés en visio ou en live) qui est d’écrire 1 000 signes par jour, avec une consigne différente qui tombe le matin avec le café (ou le thé). Du coup, voici un texte qui n’a aucun rapport avec les travaux proposés mais qui a coulé de cette après-midi ensoleillée… Je vous laisse le découvrir sans plus de détour, vivons d’humour et d’eau fraîche ! N’hésitez pas à partager, liker et surtout de ce monde, vous moquer…

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Le docteur Poinbarre était sans fard. Les ordres étaient des ordres, le chaos le désordre. Le docteur Poinbarre, il faut le dire, avait l’art de la rembarre, le venin dans le dard, bref en un mot, avec le docteur Poinbarre, halte aux blagues Carambar.

Quand on venait pour se faire ausculter, un beau tailleur il vous sculptait. Quand on venait se faire diagnostiquer, votre bon sens il astiquait. Quand on voulait un simple papier, un mauvais quart d’heure vous passiez. Les assurances maladie l’adoraient, l’adulaient, devant lui ondulaient.

Car quiconque allait au cabinet du docteur Poinbarre finissait à poils, sans un sou dans le falzar !

Les chauffards, les taulards, les vicelards, les tocards, les crevards, tous sans impunité, tous sans aménité, terminaient sans indemnité !

— Comment ça, vos poumons ? Mais M. Alvéole, fallait pas fumer autant de Créoles !

— Euh… ce sont des… Gauloises, docteur.

— Fi, et pendant ce temps, la faucheuse rigole !

*

— Votre tête, vous me dites, Mais M. Girouette, fallait rouler moins vite !

— Mais, c’est l’autre qui m’a foncé dessus !

— On connait votre tendance à appuyer sur le champignon, fallait s’attendre à ce que ça vous « roule » dessus !

*

— Vos oreilles, elles vous font encore mal ? Mais M. Rame-Stein, et si vous aviez cessé d’écouter du métal ?

— Enfin… euh.. c’était il y a trente ans !

— C’est toujours ça de trop, pour du métal, on préconise un volume à ZÉRO !!!

*

— Encore des problèmes avec votre cœur ? Enfin, Mme Laorthe, on vous a dit de faire du sport !

— Et mon fauteuil roulant !??

— Cela n’empêche pas un peu de gymnastique ! Regardez les jeux paralympiques !

*

— Cancer du sein ! Cancer du sein ! Vous n’avez que ce mot à la bouche !

— Mais… mais, j’ai rien demandé moi !

— Roh ! Et si vous aviez moins de féminité, si vous étiez moins prompte à vous agiter, en somme à vous stresser…

Que l’on vienne pour une jolie tumeur ou une méchante colique, même humeur et mêmes répliques. Si le patient avait été plus sain, plus pragmatique, moins vilain, moins hystérique, plus méthodique, un citoyen… Bref, s’il n’avait pas cherché, maladie il n’aurait trouvé ! Poinbarre à la ligne !

Les patients, étiquetés avec une grande lettre majuscule, un bel R ridicule, se carapataient dans leur foyer pour économiser de quoi payer leurs soins, car à la sécu, tout le monde le savait, la lettre R signifiait RESPONSABLE et donc non REMBOURSÉ !

Au fil des années, le docteur Poinbarre se fit une belle réputation, et de nombreuses autopromotions : pensez bien, l’assurance maladie vouait une véritable adoration à cet incroyable docteur qui leur épargnait des millions !

Alors, quand arriva sur le tapis une terrible épidémie, le docteur Poinbarre eut une révélation : au lieu de fouiller des explications aux maladies de ses patients, il décida de ne soigner plus que les vaccinés ! Cela lui faisait gagner du temps, et de l’argent, car avant de pouvoir savoir si l’on pouvait se faire soigner, il fallait tout de même consulter… Le patient répondant non à la seule et unique question « l’êtes-vous oui ou non ? » se faisait renvoyer.

Devant le succès de cette nouvelle manière de faire son métier, Poinbarre décida d’en faire sa nouvelle autorité. Les patients jugés responsables de leur propre maladie ne seraient à présent plus soignés ! Il inventa et breveta le PASS médical. Il se fit encore plus vigilant sur les antécédents de ses patients, et toujours beaucoup plus d’argent.

Il vécut ainsi, glorifié par l’assurance maladie, goinfré par toujours plus d’avanies, jusqu’au jour où il mourut de vieillesse dans son lit.

— Bonsoir, mon père, comme je suis heureux de vous retrouver, dit-il devant les portes du Paradis, la mine réjouie.

— Votre place n’est pas ici, Poinbarre, annonça Saint-Pierre.

— Quoi ?? !!! Mais comment est-ce possible ! J’ai été consciencieux, j’ai été pieux, loin d’être vicieux, je suis mort VIEUX !

— Vous avez oublié votre serment d’Hippocrate, vous avez fauté, à trop jouer les magistrates.

— Enfin, le serment, le serment, je l’ai appliqué tel un sergent !!

— Vous avez dû sauter quelques paragraphes… Miquelon, venez par ici, on a une situation.

Miquelon arriva, un papelard coincé sous le bras.

— « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire », lut à voix haute Miquelon.

— Mais, enfin… les ordres… le désordre… balbutia Poinbarre.

— « Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque », trancha d’un ton martial Miquelon en repliant le papier.

— C’est bien ce que je pensais, ajouta Saint-Pierre.

Saint-Pierre et Miquelon refermèrent les portes, Poinbarre termina aux enfers. Point final.

Alors, qu’en pensez-vous ? Pour me suivre, c’est un clic par là !

Crédit Photo CDD20 sur Pixabay.

8 réflexions sur “Jugera bien qui jugera le dernier

  1. Bon jour Sabrina,
    Excellent comme toujours ! 🙂 Au début de la lecture et chemin faisant je lis un éloge sur le comportement d’un aficionado à bien se comporter pour une économie de soins aux ordres du diktat d’une entité assurant la plèbe et puis dans un tournant inattendu la facture se présente quand le rouleau de vie prend fin devant ce soignant qui va être soigné aux petits oignons d’une manière à lui rappeler ses devoirs… qu’il n’a pas fait, le vilain garnement 🙂
    Bonne journée à toi 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    1. Merciiiiii beaucoup pour tes lectures toujours assidues et tes commentaires vifs et éclairés ! Ravie que cette histoire de « soignant aux oignons » ait plu, je suis enfin en vacances et je vais pouvoir venir te lire ! Belle soirée à toi, Sabrina.

      Aimé par 1 personne

      1. Bon jour Sabrina,
        Je suis un admirateur de tes écrits, tu as un talent énorme (et énorme me fait penser à l’intonation du mot par Luchini), c’est ciselé, cuisiné, efficace, avec ce soupçon de bonne ciguë qui relevé le tout… 🙂
        Je t’attends, diantre à la lecture de mes modestes écrits… et bonnes vacances 🙂

        Aimé par 1 personne

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