Les trois corbeaux

Bonsoir ! Je reviens ce soir avec un nouveau texte écrit sans contrainte aucune, ni sujet imposé. D’où m’est venue l’idée ? Je ne sais, en tout cas, je vous le livre ici sans plus de blabla, car il est un peu plus long et que demain c’est lundi 🙂 ! Je vous invite, si vous ne l’avez pas encore lu, à découvrir le texte proposé pour l’Agenda ironique que vous pouvez retrouver ici parmi les autres courts écrits très inventifs ! Pour le reste, mon recueil est toujours en vente, dans toutes les librairies entre Houellebecq et le dernier Goncourt (ah non ?) et n’hésitez pas, comme toujours à laisser un signe de votre passage par un coucou ou un commentaire :). Belle lecture, Sabrina.

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Dans un village de peu d’habitants où les naissances frôlaient le néant, l’on pouvait lire sur les visages le désespoir et le tourment : le hameau se mourait, son âme se morcelant toujours plus à chaque nouvel enterrement.  

Car, même si les vieux veillaient à ne pas crever, les plus jeunes eux, s’entêtaient et s’entraînaient à procréer, sans aucun succès.

Les rumeurs les plus folles couraient dans les maisonnées désavouées. Une seule cependant persistait… la malédiction d’amour, celle qui empêchait d’enfanter et avortait tout fœtus même pas encore créé !

Pour parfaire l’affaire, il fallut aux habitants bouc émissaire, et les boucs ne faisant guère légion dans la région, le choix s’était porté sur les corbeaux… Voyons, ces êtres noirs ne pouvaient abriter dans leur esprit que des desseins aussi sombres que leur plumage… Et puis, ils n’étaient jamais loin, comme prêts à se vautrer sur les cadavres, tels de véritables vautours…

Les villageois prirent leurs armes. On lança des pierres et fit claquer de vieux revolvers, certains même à cœur joie se donnèrent, et les pauvres corvidés, éviscèrent.

En quelques semaines, les corbeaux avaient été décidés « anima non grata » : décimés, dépecés, déplumés !

Mais malgré l’absence de ces oiseaux de malheur, au village la fécondité ne rimait toujours pas avec bonheur.

Les habitants paniquèrent : comment ! On avait canardé tous les corbacs !

Alors qu’un presqu’évêque, un prêtre quoi, conviait le quidam aux obsèques, l’un des habitants aperçut trois corbeaux sous un vitrail penchés. Les voilà les coupables !

Les lance-pierres, les « pelle-terre », tout y passa, mais des trois corbeaux, aucun ne se figea.

«  Misère ! crièrent les villageois.

— Mon ciel ! en hurlèrent d’autres.

— Mes sels ! s’évanouirent les plus fragiles.

C’est alors que les habitants, à court d’idée, par leur Dieu abandonnés, décidèrent de recourir au chamane du hameau voisin pour conjurer le sort, et régler le leur, à ces corbeaux, une bonne fois pour toutes… pour que l’on substitue enfin aux chrysanthèmes, des parfums de baptême !

Le chamane, à la manière d’un chat, s’approcha des trois corbeaux. Il resta un temps relativement long (pour les villageois) à les observer, avant de fermer les yeux pour un temps qui parut relativement (pour les villageois) encore plus long. Quand l’homme se mit à fredonner, les habitants hésitèrent : se taire ou ricaner, ils optèrent pour la première pensée, non par respect mais par crainte d’être ensorcelés.

Le chamane extirpa de l’intérieur de sa sacoche en cuir ce qui sembla être une offrande et se pencha vers la rivière pour remplir d’eau un petit récipient. Les corbeaux s’avancèrent vers la chair fraîche mais l’eau dédaignèrent.

— C’est le moment de les buter, souffla un villageois, devant la belle aubaine.

— Torpillons ces bêtes à plumes, débarrassons de nos épaules cette grosse enclume ! murmura un autre villageois, que la conquête rendait poète.

Il se saisit d’une pierre, que le chamane intercepta.

« Votre geste est la preuve de ce que je savais déjà. Vous avez tué des centaines de corbeaux parce que vous aviez associé la noirceur de votre âme à la couleur de leurs plumes. Chez nous, les corbeaux sont signe de sagesse et  nous honorons auprès d’eux chacune des leçons qu’ils nous laissent. Voyez comme les corbeaux ont refusé de votre eau : celle-ci est polluée. C’est bien elle la raison de votre stérilité. Ce qu’à la Terre vous donnez, d’une manière ou d’une autre, vous reprenez. Puissent ces trois corbeaux, suspendus à vos vains vitraux, vous rappeler chaque jour à la violence de votre croyance. Car dans ma culture, les corbeaux sont des êtres de lumière, et vous les avez contraints à l’obscurité la plus entière. »

Le chamane partit, suivi des yeux par les trois corbeaux, qui depuis leurs vitraux, observeraient le hameau se dépeupler et s’éteindre jusqu’à ce que dans le village, il ne reste plus qu’eux.

Pour suivre tout de mes délires littéraires, c’est par ici !

6 réflexions sur “Les trois corbeaux

  1. Sympa ce conte qui nous rappelle d’être vigilant pour notre terre au risque de stérilité 🙂 j’ai aimé le parallèle. En revanche les corbeaux ont je crois un plumage et non un pelage: « ‘(…) des desseins aussi sombres que leur pelage…  » et je crois qu’il manque quelque chose à la phrase: « Le chamane extirpa de l’intérieur de sa sacoche en cuir ce qui sembla être une offrande et se pencha la rivière pour remplir d’eau un petit récipient. »
    En tout cas merci de tes nouvelles qui font rire tout en invitant à la réflexion. En plus ça me motive pour écrire aussi sur mon blog. Donc j’y go en cette matinée off 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Mijo pour ton œil de lynx ! Evidemment, tu as raison, c’est un plumage, c’est pas faute d’avoir appris le Corbeau et le Renard par cœur pourtant 😉 !!! Je vais corriger ça tout de suite et la petite coquille, j’avoue en ce moment, je suis déjà contente de trouver quelques minutes pour écrire, alors je passe plus vite sur la relecture… erreur erreur 😉 ! As-tu pu écrire quelque chose ce matin ? Je viens découvrir ça dans ma tournée du week-end 🙂 Belle soirée à toi, Sabrina.

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  2. Coucou Sabrina, je découvre avec plaisir ton histoire (deux mois plus tard) ! Ah les hommes, toujours à blâmer autrui au lieu d’affronter le miroir… j’ai passé un bon moment avec ce conte sonnant, chantant, détonnant ! Bises

    Aimé par 1 personne

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