Bonsoir bonsoir ! Enfin un peu le temps de gratouiller et griffonner sur mon carnet en ce début d’année déjà chargé. J’espère que les fêtes ont été douces et joyeuses malgré… malgré tout ! Dans ma liste de résolutions qui ne tiendront pas plus de deux semaines comme celle de faire plus de promo pour mes livres, j’ai décidé d’accorder toute sa place à ce qui me permet de souffler dans un tourbillon de vie bien intense, et qui me permet de rire (même jaune) dans cette époque sacrément brouillon. Comme mon texte est plutôt long, je le dévoile sans plus d’ambages, de toute façon, tout part à vau-l’eau !! N’hésite pas à commenter, avec bienveillance, recul et humour, comme toujours, les abeilles préfèrent la légèreté de l’air à la grossièreté du terre-à-terre car étonnamment dans le monde des abeilles, tout n’est pas noir ou jaune ! Bonne lecture !

Depuis deux saisons, la ruche était en ébullition.

Dans cette Grande Ruche en effet, une pandémonie venue des frelons asiatiques sévissait : toutes les abeilles les plus fragiles, notamment celle qui faisaient du dia-bête, tombaient comme des mouches, un comble pour des abeilles, vous en conviendrez.

Mercuria, La Reine-Mère, avait dû réunir en ces temps de crise ses abeilles conseillères dans sa cellule royale. Les ouvrières avaient été mises à l’arrêt, les œufs et les larves sous couvain forcé.

« Trêve de mutinerie ! Grève de « butineries » avait déclaré Mercuria.

 Ainsi le miel avait cessé, la ruche s’était tue pour éviter qu’elle ne s’éteigne.

Très vite, la Reine-Mère réalisa que si les ouvrières « n’ouvriaient » plus, la substance royale dont elle se gavait galamment gèlerait.

« Rouvrons les alvéoles, nous perdons un pollen de dingo ! » avait décrété Mercuria.

Alors la ruche s’était remise à bourdonner. Des essaims d’abeilles se reformèrent.

De la propolis fut proposée par les conseillères pour réduire les impacts et les contacts entre les abeilles.

« C’est difficile d’utiliser la propolis, même moi je ne sais pas comment l’appliquer » s’était offusquée la Reine Mère.

Un nouveau couvain pour les jeunes larves et les moins jeunes fut décidé.

Les phéromonies pour toutes les abeilles disparues ne furent jamais célébrées. Certaines commencèrent à avoir le bourdon, d’autres, face à cette drôle de pathologie, optèrent pour de «  l’HAPPY-thérapie ».

« Proposons une hybridation et de la Propolis pour la nation ! » avait déclamé Mercuria, devant l’état général des troupes, et des caisses de miel.

La Propolis s’invita dans tous les ruchers. Le miel continuait à couler et les ouvrières à fatiguer.

Des danses des abeilles furent organisées pour féliciter ces petites pattes qui maintenaient en marche la Grande Ruche. On ne toucha pas aux apitaux où elles devaient continuer à vrombir bon an mal an, des félicitations valaient mieux que des augmentations.

Après des mois d’essaims, apparut enfin un nectar prometteur !

« Jamais ce nectar ne sera ingurgité contre votre gré ! Nous ne sommes pas de ces oies vulgaires que l’on gave sans autre forme de prière » avait promis Mercuria.

Les abeilles, par peur comme par conviction, avaient peu à peu goûté au nectar, et les plus fragiles avaient pu voir leur espérance de vie augmenter !

Mais la Reine-Mère s’impatientait, certaines abeilles à son goût, tardaient trop à se faire nectariser. Et les abeilles nouvellement ensuquées voulaient pouvoir polliniser à nouveau comme avant.

« Seules les abeilles abreuvées de nectar pourront entrer dans les enfumoirs » avait décidé la Reine-Mère.

L’annonce avait fait mouche, la plupart des abeilles tenaient à leurs hebdomadaires cartouches.

Mais cela n’était toujours pas suffisant. Même si les abeilles nécessiteuses étaient bien protégées, la propolis toujours de mise,  la pollinisation s’en trouvait toujours peu permise et les abeilles faisaient toujours mine grise.

« Quand on est une abeille, on se doit de bourdonner, nous vivons dans une bourdonneuse ! » s’était écriée la Reine-Mère, pour faire plier les stats et faire couler les stocks.

« Mais quand on est nectarisés, on n’empêche pas de contaminer…» avaient relevé les conseillères.

« Bzz bzz » avait rétorqué la Reine-Mère.

« Les apitaux sont en tension, les abeilles sous pression ! »

 » Avec toutes les alvéoles fermées, et les budgets miel coup… ».

«  Bzz bzz bzz » avait répliqué Mercuria.

« Les ruches voisines manquent de nectar, ne pourrions-nous pas en donner à nos chères cousines ? »

La Reine-Mère n’avait pas daigné « bzzbzzter ».

De nouveaux cadres pour le nectar furent imposés et des appels à la bourdoyenneté passés.

Les abeilles, en mal d’enfumoir et de pollinisation, se mirent à réfléchir. Ce n’était que du nectar, après tout, et puis une abeille, c’est fait pour bourdonner.

Les « nectarisées » s’agitèrent de plus en plus. Quoi ? Elles avaient bu le nectar jusqu’au suc, et on leur interdisait encore la tournée des grands Ducs ?

La Reine-Mère d’habitude sourde à la rumeur de ses ouvrières, se rappela soudain que son règne touchait bientôt à sa fin : les cirées jaunes, la « pandémonie », des choix tactiques pas toujours tic toc, ses yeux bandés devant les « apitaux » bondés, cela commençait à sentir le caramel… Dans un éclair de lucidité, Mercuria comprit que sa seule issue pour continuer à régner consistait à diviser. Elle avait une stratégie.

Elle ne convoqua même pas ses conseillères. Ce n’était pas la première fois.

« Les abeilles non nectarisées sont des irresponsables ! C’est à cause de ces « Ruchoises » réfractaires si notre Grande Ruche ne pollinise pas comme avant ».

La rumeur se répandit comme une traînée de poudre. Les abeilles, à leur cinquième et sixième nectar, gonflées de sucre, gonflées tout court, s’en donnèrent à cœur joie. La Reine-Mère regarda ces abeilles qui n’étaient finalement rien. Elle donna le coup de grâce.

« Et je vais être honnête avec vous, j’ai bien envie de les emmieller jusqu’au bout » avait ajouté Mercuria, savourant d’avance la gelée royale dont elle allait pouvoir se régaler et la bataille… royale elle aussi, qui s’offrait à ses pieds.

« Quand devant les autres est privilégié le surmoi, l’irresponsabilité échoit à celui qu’on appelle roi ».

Pour suivre mes autres nouvelles, c’est par ici !

5 commentaires

  1. Bon jour Sabrina,
    Excellent ! Tu appliques ce que feu La Fontaine a si bien écrit en son temps… et ton texte est d’une justesse de vue et tous les reliefs sont présents jusqu’à l’estocade… Bravo !!!
    Bon journée à toi 🙂
    Max-Louis

    Aimé par 1 personne

    1. Bon jour Max-Louis ! Merci pour ta lecture et ton retour, fort bienveillant ! La Fontaine dis donc ! Je prends ;). Je m’en vais de ce pas lire mes chers blogs que j’ai délaissés cette semaine. Belle journée à toi. Sabrina

      Aimé par 1 personne

  2. Savoureux miellat que ton écriture d’une réalité qui se prête à ta plume aussi aiguisée que celle de La Fontaine ou La Bruyère.je dis ça mais bzzzz j’dis rien 🙂

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