Bonsoir bonsoir, boostée par la Nanowrimo (je t’en parlais ici) et par les ateliers de l’Inventoire (j’avais déjà publié pour l’occasion ceci), me revoilà avec un texte écrit sur un coup de tête… de veau ! Bon, je ne sais pas si je rentre dans les clous (consigne par là) mais en même temps, je ne vise ni le Renaudot, ni le Nanowrimo ! Bah, oui, gare aux clichés, mais une fonctionnaire qui veut fonctionner un minimum a pas mal de pain sur la planche ! Alors, je te laisse avec ce texte un peu brut de pomme car mon défi de novembre est toujours en cours, ainsi que ma longue liste de cases à cocher pour faire mon autopromotion pour Breaking News et clamer haut et fort au génie (AU GENIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIE !). Bref, il me reste la moitié du mois, et encore 40 000 mots à écrire. Si tu me cherches après la classe, je suis dans une grotte, après la raclette à gauche. Bonne lecture à toi.

— Tu prendras bien un peu de tête de veau ?

Cela venait de ma gauche, de ma tante, Laurette, une femme aussi gentille que replète. 

— C’est-à-dire que… je suis végétarien.

Toutes les fourchettes se sont arrêtées de fourchetter. Un silence s’est installé autour de la tablée. Était-ce du lard ou du cochon ? Enfin du tofu ou du seitan ? Dans cette famille de bouchers de génération en génération, le malaise était grand et n’avait pas l’air de vouloir déguerpir.

— Ah, ce Lucas, toujours le mot pour rire ! Prends donc de la tête, avec le plein de sauce ! a répliqué ma mère, prenant le plat à pleines mains, priant pour que 1 mon père n’ait pas entendu cette phrase incongrue et pour que 2, ladite phrase incongrue le reste.

— Non merci. Je ne mange plus de viande.

Les yeux se sont faits plus ronds autour de moi. Dans ceux de ma mère, j’y ai vu du trouble. Ceux de mon père eux, se sont jetés sur le gras double.

— Ah, voilà que notre Lucas s’est transformé en citadin, a jeté d’un air mauvais le paternel, appuyant très fort sur le dernier mot, le propulsant direct sur le podium des insultes.

— Tu es un peu barbouillé peut-être mon chéri, ça doit être le voyage, a suggéré ma mère, se forçant à croire qu’un trajet Paris-Clermont pouvait causer des maladies comme le végétarisme. À voir les propositions du wagon-bar du train, elle n’était pas tout à fait à côté de la plaque.

Les fourchettes ont recommencé leur balai, leurs propriétaires décidant de pencher vers l’explication de ma mère, bien plus probable que celle, loufoque, qu’un garçon comme moi, du terroir, comme eux, nourri au lait de vache sorti de la mamelle, couvé au milieu des civets, gorgé de gibiers, se détourne de la barbaque, pour de la graine, quelle arnaque.

— Cela fait plus de six mois maintenant, ai-je avancé sans la conviction à laquelle je m’étais entraîné, devant le miroir de mon appartement de 17 m².

— Qu’est-ce que c’est que ce merdier ? a grommelé mon père en enfournant une monstrueuse bouchée de pain dans la bouche.

— Laurette, tu reveux un peu de rouge, a demandé ma mère, qui détestait les conflits, surtout devant sa belle-sœur.

— C’est de leur temps, à ces jeunes, a tenté de temporiser le mari de Laurette, un oncle que l’on entendait habituellement très peu dans les repas de famille et pour cause ! L’on ne se frottait pas si aisément à la famille Gordeaux.

— C’est de leur temps ? C’est de leur temps ? Qui l’a invité celui-ci pour débiter de pareilles conneries ?! Moi, à son âge, je me permettais pas de refuser un plat ! Une belle tête de veau qu’on lui sert ! Un dimanche en plus !

— Doucement, Charles, tu te rappelles ce que le docteur t’a dit… a murmuré ma mère, paniquant à l’idée de voir le repas du midi gâché par une tête de veau, plat qu’en plus elle n’appréciait pas vraiment.

— Ne me dis surtout pas ce que je dois faire ! ça commence à bien faire ces histoires ! Entre le docteur, les clients, ma femme, et maintenant mon fils ! Mon propre fils ! Qui n’ose plus manger de la viande sous mon toit ! Qui est même plus foutu d’honorer un veau !

— Enfin, ce qu’il en reste, a glissé Laurette, croyant sans doute bien faire. Elle non plus n’aimait pas vraiment ce plat. 

— De quoi ? Qu’est-ce qui te prend à toi pour l’ouvrir comme ça ? a crié mon paternel, en enfonçant une nouvelle énorme bouchée de pain.

— Ne lui parle pas comme ça Charles, a glissé l’oncle suffisamment fort pour que l’affront parvienne aux oreilles de l’intéressé.

— Toi, déjà, on t’a rien demandé ! Je te préviendrai quand ce sera le tour des beauf’ de dire des conneries.

— Charles, je crois que… a tenté de s’interposer ma mère. Trop tard. Le paternel était déjà en pleine lancée dans son rouleau-compresseur familial, sans frein à main.

— PERSONNE ME DIT CE QUE JE DOIS FAIRE SOUS MON TOIT ! PERSONNE ! VOUS M’ENTENDEZ ??! ALORS, DÉBARRASSEZ-MOI TOUS LE PLANCHER DE MA BARRAQUE ! LAISSEZ-MOI BOUFFER MA TÊTE DE V…

Le pain, un morceau épais comme un pneu, s’est coincé dans la gorge. Mon père a écarquillé les yeux. Ma mère, ma tante, son mari aussi. Moi, j’ai sauté de ma chaise, et ai fait ce que j’avais appris à faire dans mon école d’infirmiers.

En plein sur la tête de veau, le pain a rejailli, et sur le visage de mon père, le teint a débleui.

« Mon fils, mon fils chéri !»

Le sujet n’est plus jamais revenu sur le tapis. Ni la tête de veau sur la table.

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