Bonjour à toi, lecteur, lectrice, âme perdue sur le net en cette fin d’après-midi, enfin de retour après des semaines à nouveau intenses même si je pensais avoir passé le plus chia dur de l’année ! Voici donc un texte écrit pour l’Inventoire, lors du dernier atelier d’écriture en ligne proposé pour le mois de mai. Comme toujours, je lis la consigne, prends mon stylo, et essaie de pondre un petit truc qui se rapproche (du moins qui s’éloigne pas trop) de l’instruction de départ. Et comme toujours, j’ai dépassé et j’ai dévié (oups). En tout cas, j’espère que cette lecture te plaira ! Pour ma part, je me suis collé plein de post-it sur mon carnet pour « tenter d’essayer de m’efforcer de tâcher » d’être plus régulière par ici, malgré les projets qui s’accumulent, les idées qui pullulent et le jardin qui tubercule ( 😉 ). Car il y a du nouveau, côté écriture ! Oh rien de très grandiose (je n’ai toujours pas écrit Harry Potter ni éclairé l’Académie française de mes lumières ) mais plein plein de petites choses qui se mettent en place doucement pour la petite fourmi (ou cigale ?) qui « écrit » et que je suis. En effet, nous avons atterri, mon chat à poils courts, mon chaton à barbe longue et moi dans un lieu fort propice à l’inspiration, et qui n’acceptera nulle excuse ni procrastination… La suite au prochain épisode, dans un nouvel « Apprentie en herbe » où je parlerai de l’univers impiiiiiiiiitoyaaaaaaable de l’édition, et des astuces pour bien garder la tête sur les épaules et non pas en forme de melon (spoiler, métaphore du joggeur et du médaillé olympique). En attendant, si tu veux faire ta BA, c’est toujours par là. Belle lecture et bonne leçon de peinture !

— Rory, c’est toi ? grésilla une voix derrière les tableaux.

— Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger, la porte était ouverte et…

Loura se trouvait au milieu d’une pièce sombre aux rideaux tirés, où des chevalets se détachaient de l’obscurité, des pinceaux dressés comme autant de poignards. Au sol des tâches rouges, orange : de la peinture craquelée.

— Sottises !

— Je…

— Balivernes, sornettes ! Mensonge éhonté, grogna la même voix, sans aucun tressaillement indiquant le tableau d’où elle provenait.

— Je… je suis ici pour notre entretien…

— Entretien ! Je n’en donne jamais ! Surtout pas pour les journaux, ces papiers qui détruisent des forêts pour démonter des œuvres !

— Non, c’est votre petit-fils, il est à la fac avec moi, c’est lui qui nous a organisé cette rencontre, vous vous souvenez ?

— Ce vaurien ?

— Je veux être artiste et…

— Artiste ! ricana la voix qui sembla soudain provenir de tous les tableaux à la fois.

— Je crois que… je reviendrai plus tard…

— Plus tard ! Mais qui êtes-vous jeune fille pour vous présenter ainsi à moi en croyant qu’avec une robe à fleurs, vous allez soutirer des clés pour devenir une artiste comme si vous montiez un meuble en kit ?! tempêta la voix, son écho ricochant sur les toiles, explosant au visage de la jeune femme.

… Ces jeunes, ils n’ont plus rien dans le ventre ni dans la cervelle ! Ils pensent que tout s’achète et que tout se vend, mais je vais vous révéler un secret, être artiste ça se décrète pas, ça se respire, ça se transpire, ça vous colle des crampes et des sueurs froides, ça vous fait virer la nuit, vomir vos tripes la journée, ça vous prend les viscères, les entrailles, ça vous bouffe, ça vous pompe jusqu’au sang, tel un vampire vorace ! Ce démon qui se tapit en vous, qui vous arrache à vos rêves et vous accroche à ses pires cauchemars de création ! Vous n’êtes plus rien, qu’un canal, un tuyau, pour que cette bête puisse dégueuler sur vos toiles tout ce que vous enfermez dans votre corps étriqué d’humain sans importance. Mettez-vous donc à la poterie dans l’association du coin ! Vous n’avez rien d’une artiste. Le simple fait d’être venu ici le prouve bien.

— Laissez-moi vous dire ce qu’elle en pense, la jeune fille en robe à fleurs ! Vous croyez être un artiste parce que vous peignez des formes et des silhouettes sombres et sanguinolentes, parce que vous pensez que le monde a besoin de voir vos horreurs, parce que vous pensez que votre souffrance de petit être privilégié mérite qu’on s’y attache, mérite qu’elle explose à la face des citoyens ! Vous vous complaisez dans votre cynisme car c’est votre substance, car sans elle vous n’êtes plus rien qu’un petit vieux réac sans intérêt qui peint des toiles dans son atelier… mais laissez-moi vous dire, le monde n’en a rien à foutre de vos peintures, de vos sarcasmes, de votre dégoût parce que votre monde ignoble, il continue à tourner, à l’envers certes, mais il continue et il n’a pas besoin des remarques acerbes d’un vieillard aigri qui, pour masquer son absence de génie, déverse sa bile sur les autres, en martelant son statut d’artiste incompris !

Elle tourna les talons et soudain, le rideau opaque s’ouvrit dans un bruit assourdissant. Le vieil homme se dressa alors devant elle, son corps menaçant dans ce subit rai de lumière et la jeune fille mit quelques secondes à discerner sur son affreux visage ridé… un grand sourire.

— Rory m’avait dit que vous aviez du caractère Loura, je crois bien que nous sommes prêts pour cet entretien. Venez donc vous asseoir auprès de mes toiles affreuses, ça ne vous dérange pas, n’est-ce pas ?

Si tu veux lire les futures nouvelles (de moi-même ou fictives), c’est là !

Image par Jean-Pierre Pellissier de Pixabay

3 commentaires

  1. J’aime beaucoup. J’ai cru d’abord que le personnage invisible était le Censeur, la voix intérieure qui donne au créateur plein de raisons de douter de lui-même et de son travail pour qu’il abandonne. Et puis la fin, avec cette voix démasquée, comme le magicien dans le Magicien d’Oz.

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