C’est dimanche et je suis sur la route ! Mais je vous rassure, je ne suis pas en train d’écrire en conduisant, j’ai programmé cet article pour apparaître aujourd’hui, histoire de suivre mes promesses dominicales malgré le déménagement. Aujourd’hui, je reviens avec une nouvelle que j’avais commencée pour un concours, mais comme en la terminant, j’ai réalisé qu’on était loin du compte au niveau du nombre de caractères requis, je l’avais mise de côté, pour un jour au cas où… Le « cas où » est arrivé, visiblement, puisqu’en ce moment, il est difficile pour moi de m’atteler à des défis en ligne de sites fort sympathiques (comme là, ouou). Alors, je vous livre Fils des étoiles, en espérant, que d’ici à ce que je finisse la route, vous ayez eu le temps de le lire, le partager, et peut-être même, soyons fous, de vous abonner si ce n’est pas déjà fait 🙂 !

— Bon, alors c’est toi le fils des étoiles ? lâcha Truman, las de sa journée qu’il pensait finir peinard. C’était avant que Carter, son collègue qui rentrait chez lui, ne lui refile le môme. 

Le policier pensa à ses deux garçons, avec qui, une fois de plus, il ne partagerait pas le dîner. Il leur avait promis un burger. Maison. Il s’enfonça un peu plus dans son fauteuil. Ça lui calait les reins. Des semaines qu’il traînait cette fichue douleur.

Truman relut les différentes plaintes. Vol à l’étalage, entrée par effraction dans le jardin, certes public, mais fermé, altercation avec le gardien de nuit. Des bricoles en somme, mais qui mises bout à bout, rendaient la liste aussi chargée qu’une lettre au père noël. Il planta ses yeux dans ceux, francs et frondeurs du gamin qui ne répondait rien.

— Fils des étoiles, c’est un joli surnom pour un voleur, ironisa le policier, qui n’avait pas envie de s’éterniser.

— Je suis pas un voleur ! s’insurgea Gaël, qui s’exprimait enfin.

— Et comment tu appelles quelqu’un qui vole, attends… que je ne me trompe pas… deux sandwiches, un au poulet, un autre au thon ? On s’en fait pas dis donc ! Mais c’est pas tout, on a pris le temps de fourrer dans son sac, un lot de briquets ? Des cubes de feu ? énuméra Truman.

— J’ai juste… emprunté, souffla le garçon en baissant la tête. 

— Emprunté ! Tu ne manques pas d’aplomb ! Et les sandwiches au thon-poulet ? Eux aussi, ils sont simplement empruntés ? Tu vas pouvoir les “rendre”, n’est-ce pas ? 

— J’avais… j’avais faim, murmura Gaël. 

— Ah, mais mon petit, on vit dans un monde où malheureusement il faut payer pour pouvoir prendre de la nourriture au supermarché ! Si on veut se taper un bon oeuf-mayo, on aligne les euros !

— J’avais pas assez dans ma tirelire !

— Mais fallait y penser avant jeunot ! Parce que là, avec le gardien qui était fou de colère, et les vigils qui font du zèle, je me retrouve avec ton cas sur les bras ! Et j’aimerais bien rentrer chez moi, et pas y passer la nuit !

— Je voulais rien faire de mal…

— Je veux bien te croire mon p’tit, mais je mets quoi dans le dossier moi ? Tu te rends compte de ce que tu as fait bon sang ? s’agita Truman, sentant une douleur encore plus aiguë lui étreindre le rein gauche. 

Truman n’avait qu’une hâte, rentrer à la maison, prendre une douche chaude et qu’on en finisse avec cette histoire. Fils des étoiles ! Les jeunes ne savaient plus quoi inventer.

— Bon, passons pour les sandwiches. Mais qu’est-ce qui t’a pris de te battre avec le gardien ? 

— Je me suis pas battu ! Il a pas voulu me laisser passer !

— Il a déclaré que tu lui avais donné, selon ses propres mots, un « vilain coup de pied ». 

— J’étais sur la grille et il a essayé de me prendre la jambe, sauf que j’allais pas me laisser faire quand même ! Mais j’ai pas visé la tête ! Je l’ai même pas touché !

— Tu l’aurais couronné de jolis noms d’oiseaux !

— J’ai juste dit merde, parce qu’en me dégageant, j’ai déchiré un bout de mon pantalon. Je l’avais mis exprès. C’est mon plus joli. 

— Mais enfin, qu’est-ce que tu foutais dans ce jardin public, et tout seul ! T’avais pas vu qu’il était fermé ? Comme tous les jours en hiver, à 18h30 ? s’impatienta Truman.

— Ben si, sinon j’aurais pas escaladé, lâcha le garçon. 

Toujours cet aplomb. 

— Tu sais que c’est une effraction ça ? 

— Je savais pas qu’il y avait des horaires pour visiter la nature… rétorqua Gaël. 

— Tu n’as pas forcément tort mais tu saisis bien que là n’est pas la question, n’est-ce pas ? Il y a des règles, et il faut les respecter. On ne peut pas agir comme bon nous chante. Si tu veux aller au parc, t’y vas avant 18h30 ou tu attends l’été que les jours rallongent et les heures d’ouverture aussi !

— Ma mère m’a toujours dit “quand on veut, on peut”, se renfrogna le jeune Gaël. 

— Ah ça, c’est un bel adage ! Je suis désolé de te jeter ça comme ça, mais ce n’est pas vrai, parfois la volonté ne suffit pas.

— C’est pas une menteuse ma mère ! se récria le garçon, dont les joues s’étaient empourprées.

— Ce n’est pas ce que j’ai dit. 

Il y eut un long silence.

Truman l’observa pour la première fois. Le gamin le fixait toujours de ses grands yeux qui ne pouvaient pas avoir le même âge que sa carte d’identité. 12 ans. Ils en avaient au moins 16.

Le policier repensa à son fils Niels et il remarqua une ressemblance troublante avec le jeune assis en face de lui.

Truman reprit ses notes : des briquets et des cubes de feu ! Gaël était mineur, le père en route, l’histoire n’irait pas plus loin, le garçonnet en était à son premier forfait. Il se radoucit un peu.

— Tu me fais penser à mon fils. 

— Pourquoi, il aime escalader les grilles, lui aussi ? 

— Non, c’est pas un cascadeur comme toi, non mon Niels, lui, il vit à travers la poésie. 

— Comme mon père.

— Ton père aussi admire la poésie ? 

— Ouais, c’est comme s’il était absorbé. Il décroche plus. J’ai l’impression qu’il me voit même pas. Je suis sûr qu’il s’en est même pas rendu compte que je me suis taillé… glissa Gaël.

— Il ne va pas tarder, il s’inquiétait, tu sais. 

— Qu’est-ce que vous en savez d’abord ?

— Je sais ce que c’est d’être père. Et d’avoir un garçon qui se sent délaissé… On fait des conneries, on veut tester les limites… 

— Je voulais rien tester du tout ! Moi je souhaitais juste qu’il redevienne comme avant, avant qu’il devienne un fantôme de la poésie. 

— Tu ne connaissais pas d’autres moyens que grimper des grilles à la nuit tombée ? Qu’est-ce qu’elle en pense ta mère ?

— C’est exactement ce que je cherchais à savoir ! Fallait qu’elle m’aide ! Mais comme elle me répond jamais, j’ai regardé sur internet comment communiquer avec elle !

— Sur internet ? s’étonna Truman.

— Ouais, sur Wikihow, on trouve tout. Et c’est là que j’ai vu que le feu, la fumée, c’est le meilleur moyen pour faire des signaux. 

— Des signaux ?!

— Je vous ai dit que j’étais le fils des étoiles, vous m’écoutez pas ! Ma mère m’a dit avant d’aller là-haut que je pouvais lui parler quand je voulais, que je devais juste attendre la nuit, pour qu’elle brille bien et qu’elle soit prête à me répondre. Je voulais juste… que mon père soit à nouveau lui-même, parce que vous pouvez pas savoir, mais c’est pas facile d’être le fils des étoiles. 

Gaël se mit à pleurer à chaudes larmes tandis que Truman, coincé dans son fauteuil avec son mal de reins, se sentit vieux et triste comme le monde. Il imaginait son petit Niels, seul face à l’immensité du ciel lacté.

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Crédit Phot @Sri Lanka Lights by Sabrina P.

9 commentaires

  1. Hello Sabrina, sympathique histoire, qui appelle une suite bien sûr! Oui je sais suis gourmande des mots et des histoires.
    J’ai tiqué sur « tu l’aurais AUSSI couronné de jolis noms d’oiseaux ! » le AUSSI est une suggestion.
    Idem lorsque Truman est coupé sans sa phrase juste le O sans … c’est un peu brutal non?
    Au plaisir de découvrir tes autres histoires.

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou mijo ! Et merci de ton passage ici !! Alors le « o » est un bug car j’avais programmé mon article pour dimanche car j’étais sur la route et sur une aire, j’ai voulu modifier une ligne, et ça ne l’a apparemment pas pris en compte, j’ai fait la modif sur le tél, je vérifierai sur mon ordi 😉 Merci pour la remarque pertinente ! Au plaisir de lire tes nouveaux textes, et bienvenue chez moi 😉 !

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  2. Bonsoir Sabrina,

    Cette fois, c’est un autre registre ce texte, cela parle de la séparation d’un être cher. C’est poétique et doux. Nous sommes en émotion devant ce petit graçon et cet homme meurtri dans sa chair. Ce qui les lie, c’est la perte d’une personne aimée. Une jolie petite histoire ou une historiette comme tu le mentionnes, qui ne laisse pas de marbre le lecteur. Merci beaucoup pour ce moment de lecture.

    Je te souhaite une bonne soirée,

    Rodolphe

    Ps: au passage, bon courage pour ton déménagement !

    Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir bonsoir ! Je suis heureuse que cette historiette t’ait parlé, je n’étais pas certaine de la sortir de mon tiroir, mais parfois, c’est ben aussi de se laisser aller à la rêverie, et aux émotions. Merci pour ton soutien, peu importe les textes 😉

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