Bonsoir à tous, je vous retrouve ce soir, après des jours agités où je n’ai pas avancé dans mon écriture de nouvelles, car je suis focalisée sur la réécriture de ça en un format d’album jeunesse et je ne pensais pas (à ma grande honte) que ça me prendrait autant de temps ! Et il faut dire que la troisième version est absolument différente de celle proposée il y a un an de cela, c’est fou ce que l’on peut extirper d’un texte qu’on pensait abouti (à peu près). Je dois, pour ce travail harassant, remercier mon compère, qui devient de plus en plus exigeant, et qui ne me laisse passer aucun relâchement (comment ça, ça manque de péripéties, comment ça, la fin n’est pas assez piquante pour le lecteur ???). Dure dure la vie d’auteure en herbe quand pour espérer devenir un arbre, faut se faire secouer les branches 😉 ! Bref, tout ce laïus pour dire quoi ? Que le concours auquel j’ai participé sur short-édition est tombé, et que mon texte, peut-être trop sucré, n’a pas été retenu. Ça tombe bien, je vous l’offre sur le blog, et vous garantis que tout ce glucose ne viendra ni embêter votre foie ni vos poignées d’amour ! En gros, il fallait une histoire de prince, oublié – le pauvre !- en référence au film de Michel Haza…Hava… Hazanavicius ! Pour mieux comprendre mon histoire, c’est . Chaque nuit, le père de Sofia invente des histoires fantastiques où Sofia est la princesse, et lui le Prince prêt à la secourir. Bonne lecture, n’hésitez pas à me faire un compte-rendu salé, ou sucré…

Il ne pouvait ouvrir ses yeux. Ses paupières semblaient scellées avec… du miel ! Son nez ne pouvait s’y tromper. Il essaya de bouger. Impossible. Il était enlisé dans une épaisse soupe sirupeuse. De la guimauve !

— Vous voilà dans un sacré pétrin !

La voix semblait venir au-dessus de lui. Il parvint à entrouvrir un oeil, le droit. Une tête ronde et rose l’observait avec un certain amusement.

— Dans chwoi che me chuis fourré ? demanda-t-il avec la bouche remplie de… marshmallows ?

— Ça mon vieux, c’est une belle crevasse à la mélasse ! Un excès de friandises hier soir ? Je juge pas, j’travaille dans un bar à céréales ! Allez, donnez-moi la patte, on va pas épiloguer dans de la guimauve !

Il réussit à tendre le bras vers le visage rond qui virait vers le rouge. Au bout d’efforts surhumains, la femme, qui était toute petite et courtaude le remit debout. Il recracha ses chamallows.

— Ma parole, quel accoutrement !

— Oh, tu sais pas à qui tu t’adresses, je suis le Prince !

— Le Prince ? Vous êtes aussi allumé qu’un lampadaire, il n’y a pas de prince à Bellaria !

Bellaria ? Il tourna la tête vers la droite : une nuée de maisonnettes en pâte à chou et toits à la meringue bordaient une avenue tout en réglisse. Des enfants se baladaient sur des soucoupes roulantes tandis que des vieillards déambulaient à l’aide de cannes à sucre avant de poser leurs miches sur des frites géantes. Il regarda sur sa gauche. Des arbres aux troncs arlequin jaillissaient d’un sol nougatineux. Il leva les yeux : au bout de chaque branche, pendaient des bananes et des… Schtroumpfs. Princesse Sofia tout craché.

— Je vois, et vous savez où je peux trouver la Princesse ?

— Quelle question sotte ! Au château de Carensac pardi ! Pourquoi vous voulez la voir ?

— C’est une longue histoire.

— Vous êtes siphonné comme une cuve mais vous me semblez sympathique. Suivez-moi ! lança-t-elle d’un ton qui ne laissait place aux protestations. Et restez bien sur les bandos piétons, les routes sont fraîches et collantes. Sans compter tous les chauffards qui roulent en Carambar !

Il suivit de près les conseils de cet impétueux personnage. Les matières gluantes, il avait déjà donné.

Ils atterrirent devant un gigantesque bloc de pain d’épices où on lisait en sucre glace « Bar à Céréales ». Des dizaines de tubes multicolores s’alignaient : riz soufflé, fruits secs, flocons d’avoine. Dans un coin, un maigrichon était assis, les cheveux baignant dans un bol de céréales.

— Rentre chez toi Archie.

Le susnommé sortit sans broncher, des morceaux d’orge collés à sa barbe.

— Il est là tous les jours. Timbré comme une enveloppe, mais un bon bougre. Il mange jusqu’à plus faim et finit la tête dans son muesli, lança la femme, comme pour répondre aux interrogations de son invité.

— Tu peux m’expliquer ce qu’on fout ici ?

— Que le « Prince » est impatient ! Attendez.

Elle trifouilla derrière un tube dégueulant de pops de blé au miel. Clic ! Les trois tubes s’enfoncèrent d’un seul coup. Il s’avança. Autour de lui, des pyramides de tissus s’amoncelaient. Soie, coton, chanvre. Des étoffes s’enroulaient aux quatre coins de la pièce, croulant sous des paniers remplis de fils.

— C’est sympa Ali Baba, je suis venu chercher la Princesse, pas des tapis !

— Vous êtes aussi sonné qu’un clocher vous ! Vous allez pas y aller avec cette tenue toute crottée de sucre qui vous fait les cuisses d’une grenouille et le ventre d’un crapaud quand même !

Avant de pouvoir réfuter cette comparaison amphibienne, elle avait saisi une paire de ciseaux et un tissu bleu roi.

— J’te préviens, j’ai pas d’argent ! marmonna le Prince, intrigué.

— Ttt ttt !

— Ta bonté sera récompensée. Alors la Princesse, elle va comment ?

— Jamais vu ! Elle reste cloîtrée dans son château, un palace gardé par deux colossaux crocodiles orange.

— Orange ? Pourquoi tant de précautions à Bellaria ?

— Bon les rumeurs, on sait pas bien d’où ça vient, on sait pas trop où ça va… mais elle aurait un chagrin d’amour ! Tous les courtisans… Éjectés, évincés, étêtés !

— Étêtés ? Ça va loin ta rumeur !

— Bougez pas, je vais vous pincer les fesses avec mes aiguilles !

Elle s’attaquait en effet au bas du dos.

— Elle est si mal que ça ? Au paradis du bonbon ?

— Un paradis, c’est pas loin de l’enfer quand on n’a personne à aimer.

— Alors toi, enfer ou paradis ? demanda-t-il, moqueur.

— Cessez de gigoter comme un agneau, j’arrive pas à terminer ce fichu ceinturon. Voilà !

Elle le fit tourner, satisfaite et lui montra son reflet dans le miroir. Le Prince devait reconnaître qu’il avait gagné en prestance.

— Merci Ali Baba, j’te revaudrai ça !

— Je suis pas Ali B…

Mais il était déjà parti. Elle leva les yeux au ciel, et s’attaqua à une étoffe dorée qui ornerait bien la tête du Prince…

Le château de Carensac n’était pas dur à trouver, une sucette géante tous les 20 mètres en indiquait la direction. C’était un magnifique palais blanc et rouge — Princesse Sofia se rappelait leur séjour dans le sud-ouest— serti de quatre to…

— Argh!

Il se retrouva les jambes immobilisées par des serpents en gélatine ! La tisserande avait raison. Carensac était bien gardé. Et les crocodiles qui lui montraient les crocs n’avaient rien d’amical.

— Je souhaite parler à la Princesse.

Les crocos grognèrent de plus belle.

— Dites-lui que le Prince est là !

L’un des serpents resserra encore plus fort sa prise. L’autre remonta jusqu’à sa taille. Il étouffait dans son ceinturon. Il se sentait faiblir, il faisait trop chaud à Bellaria, mais Sofia avait toujours aimé le soleil.

— Laissez-le !

Les gardes en gélatine stoppèrent net.

— C’est un ami.

Ils hésitèrent, puis les serpents desserrèrent leur étreinte, et les crocos le firent passer, non sans lui renifler le derrière. Le Prince s’épousseta le ceinturon et reprit une démarche qu’il espérait nonchalante.

Il pénétra dans un hall tapissé de cookies, brownies et autres biscuits. Au milieu, en pyjama, l’attendait la Princesse, tentant de soigner la plus vieille maladie du monde -l’amour !-, par un pot de crème fouettée.

— Je m’attendais à une tenue plus chic ! s’amusa le Prince pour détendre l’humour de Sofia, sa fille.

— J’ai pas envie de rire.

— C’est moi Sofia.

—…

— Mon petit pois, tu sais que j’aime pas te voir dans cet état. Dis-moi ce qui ne va pas.

— Pff, tu comprendrais pas, lâcha Princesse Sofia en reprenant une cuillerée de chantilly.

— Essaie. Je suis pas toujours très intelligent, mais je vais me concentrer très fort.

— Les Princes sont des nuls !

— Aouch !

— À part toi, reprit la Princesse.

— Bon, je préfère. Qu’est-ce qui s’est passé pour vouloir bazarder tous les princes, même ceux qu’ont rien fait ?

—…

— J’ai failli me faire croquer par un de tes crocos ! lui rappela-t-il en fronçant les sourcils.

— Désolée.

— Alors, contre qui cette armée d’animaux aussi antipathiques ?

—…

— Contre Kevin ?

— Kalvin ! Tu vois, tu m’écoutes pas !

— Cette manie d’inventer des prénoms aussi ! Sofia, au moins…

— Il m’a jetée.

— Jetée ? Par la fenêtre ? Attends que je l’attrape celui-là ! s’insurgea le Prince en faisant de grands gestes en l’air.

— Non, jetée, plaquée, quoi.

— Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?

— Parce qu’il dit que j’ai un trop gros nez, souffla Sofia, honteuse.

— Un trop gros nez ! C’est la meilleure ! Il est superbe ton nez, on a le même !

— Merci du cadeau !

— Jeune fille, tu vas m’énerver là ! Un nez trop gros! Qu’est-ce que tu dirais alors de tes oreilles qui ressemblent sacrément aux miennes ? Et tes yeux, ok ta mère a dû y contribuer un petit peu, mais, leur couleur, là, ce marron, il est pas trop profond? Écoute-moi bien, mon petit pois, car je ne me répèterai pas, ne laisse jamais personne te dire que tu es trop ceci ou pas assez cela. Tu m’entends ? JAMAIS ! Tu dois être fière de ce que tu es, même si tu as hérité, j’ai bien peur, de mes cuisses de grenouille !

— grenouille ? répéta-t-elle en regardant avec effroi ses jambes.

— Enfin, c’était à cause du costume. Mais je plaisante pas Sofia ! La Terre est peuplée de malheureux qui aiment à faire du mal. Prépare-toi à en croiser sur ta route, de ces Kalvin-là. Et sois prête à ne jamais céder à l’égo !

— Lego ?

Le Prince avait parfois des expressions qu’elle ne saisissait pas.

— Non, ton égo, le vexé qui te criera de sortir des horreurs pour te venger, qui te fera croire que ça fait du bien, que c’est comme un pot de chantilly. Mais tu devras résister, la chantilly, c’est qu’un leurre. Et du sucre !

La petite fille éclata de rire. Son père lui prit le bol des mains.

— On arrête la crise à la crème fouettée et on rentre ?

— J’peux prendre des Schtroumpfs en partant ?

— Oui, mais avant, je veux absolument te présenter quelqu’un.

— Pas un Prince !

— Oh non, mon petit pois, c’est Ali Baba, et je suis sûr qu’elle sera ravie de voir le bout de ton nez.

C’est ainsi que le père et la fille, Le Prince et Princesse Sofia, marchèrent main dans la main, sur un bandos géant, vers le bar à céréales où une tisserande dont on ne sut jamais le nom, terminait tout juste une coiffe dorée, qui se révéla trop petite pour la grosse tête du Prince, mais absolument parfaite pour celle de la Princesse.

****

Le père referma le livre avec soin, et regarda sa fille.

— Alors, qu’est-ce que t’en penses du monde de Bellaria ?

— La prochaine fois, je mettrai moins de bonbons, répondit-elle en souriant. Il lui manquait une dent.

— Oui, et tu éviteras l’atterrissage à la guimauve. Ça a failli me coûter mon costume.

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Credit Photos Sucre, Bolivia by Sabrina P.

10 commentaires

  1. Salut Sabrina, à nouveau ravie par ton style et le ton agréable, ton humour, ton imagination, ta créativité. Les jolis mondes que tu inventes. Je t’avoue avoir été perdue à plusieurs reprises. J’ai cru que Sofia, c’était « elle », celle qui l’aide au départ. Puis j’ai compris que c’était deux personnes différentes. Mais alors j’ai pas compris pourquoi il cherchait la princesse… Puis c’est son père… enfin je crois comprendre. Il ne devrait pas être Roi du coup? Sans doute mon ignorance qui frappe encore, mais c’est quoi la plus vieille maladie du monde qu’elle cache avec de la crème fouetté? un bouton? J’allais suggérer de lui donner un nom à « elle » du début, la tisserande, puis j’ai lu la chute et me suis dit que non puisque tu es consciente de ne pas la nommer. J’ai aimé les dialogues, et le message au sujet de l’égo. J’espère que mon questionnement pourra t’aider. Toujours un plaisir de te lire. Telle,

    Aimé par 2 personnes

    1. Eheh coucou Christelle ! Ravie de te voir ici ! J’ai pas eu beaucoup de temps à moi ces derniers jours, mais je vais profiter du week-end pour repartir lire les textes des autres blogs ! Alors… en fait, c’était pour un concours spécifique en 8000 signes, jen ai fait 8000 tout pile, j’ai dû couper, recouper, quel déchirement à chaque mot ! J’aurais dû mieux expliquer en intro, mais c’était sur LE PRINCE OUBLIé, un film avec Omar Sy, où en fait Omar raconte tous les soirs une histoire à sa fille, Sofia, la princesse des contes, et où c’est Omar Sy (le père), qui joue le rôle du prince sauveur… jusqu’au jour où Sofia entre au collège, et remplace son prince de Père par son amoureux secret !!! D’où le Prince oublié… et sûrement les incompréhensions 🙂 ! Et puis… la plus vieille maladie du monde… l’amour bien sûr ahah ! Bon, va falloir que j’y remette de l’ordre à cette histoire ! Mais merci de tes conseils, je les prends pour la retravailler pour mon futur recueil (oui, oui, il prend forme !!) Belle journée à toi, et au plaisir de te retrouver sur Telle. Sabrina

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  2. Comme d’habitude, c’est super, ton écriture est parfaite, frisant l’excellence. J’ai beaucoup aimé, transportée par ton style….Bravo ! Encore et encore bravo pour cet exploit d’écriture !
    .

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  3. Coucou, Sabrina,

    Quel plaisir de retrouver ton écriture dynamique, cette histoire sympa, avec un brin de morale :-).

    Quelques petites retouches seraient bienvenues : coquilles à gauche et à droite, et la clarté, aussi.

    Je te souhaite une très belle journée.

    Béa

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Béa ! Et merci de ton passage et retour ! Ce texte, j’ai dû le couper tellement il était long qu’il faisait tout pile les 8000 signes requis pour le concours. J’avoue ne pas l’avoire retravaillé avant de le mettre sur le site (manque total de temps). Évidemment, à la relecture, et sans l’explication du film dont il est inspiré, pas facile de tout suivre. J’ai donc essayé de clarifier certains aspects pour faciliter la lecture grâce à ton retour et celui de Christelle ! Par contre, tu sais comme j’ai horreur des coquilles, mais à part arlequin je ne les vois pas !!! Le sucre a eu raison de ma vigilance orthographique, je veux bien de l’aide 🙂 Belle journée à toi, Sabrina.

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      1. Re-bonjour, Sabrina,

        En fait, sur le blog, tu peux publier la nouvelle sans limitation de caractères 🙂

        Les coquilles ? Si tu insistes…

        – cet impétueux personnage
        – jusqu’à plus faim
        – J’te préviens
        – Sofia se rappelait leur séjour… ou se souvenait de leur séjour
        – pyjama
        – un pot de crème fouettée.

        En fait, pas tant que ça 😉.

        Bises, à +++

        Béa

        Aimé par 1 personne

      2. Hehe ! Merci pour ton oeil de lynx ! Ahah, des erreurs qui me font mal aux yeux, et que pourtant… je ne voyais pas du tout (ce que je l’ai relu pourtant ce texte, comme quoi, le cerveau…) ! Par contre, tu m’as appris jusqu’à plus faim, je ne sais pourquoi, je croyais qu’ils étaient unis même dans la version originale 🙂 ! Je vais me fouetter avec le bas de mon pyjama pour ces affreuses coquilles !

        Le plus drôle, c’est que j’ai rajouté impétueux personnage juste après ton passage cet après-midi, et que j’ai même pas fait gaffe à cette, tellement je cherchais ma formule pour mieux décrire cette « femme ».

        Oui, je sais qu’il n’y a aucune limite pour le blog, mais j’avoue que dans ma paresse, je n’avais absolument pas retravaillé le texte (après tout, je l’avais relu des dizaines de fois), et donc même pas songé à expliciter et rallonger des passages…

        Encore merci Béatrice pour ton passage et au plaisir de découvrir ce que tu as concocté dernièrement sur ton blog. Promis, je prends du temps pour ça demain matin !

        Bises, Sabrina.

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