Le mois de décembre est fou, au niveau de l’écriture et des nouvelles ! Mais je tiens la cadence comme on peut ! Pour rappel, le Zodiac Challenge est bouclé, terminé, achevé (yihaa !), pour lire la dernière bulle des signes astrologiques, cliquez donc ici ! D’un autre côté, les heureux receveurs de ma NoFakeNewsletter (abonnez-vous en bas si vous souhaitez la voir dans votre boîte) ou les bons observateurs ont remarqué une nouvelle catégorie sur mon blog Recueil Edité Esprit Livre, où vous pouvez commander le chouette recueil où j’ai eu la chance de voir deux de mes nouvelles éditées. Mais aujourd’hui, voici ma participation pour l’Agenda Ironique de décembre chez Carnets Paresseux, où il fallait inclure partir d’un détail de l’atlas nautique du monde, deux dates, et les mots tatillon / Noël / demain / gouffre / échelle / demain, bref, tout est mieux expliqué ici !! J’espère que la consigne est respectée, et que mon récit vous fera… voyager ! Suivez mon Calico Jack !

— Et toi, papy, t’as déjà vu une licorne ? 

Silence. Surprise. La moustache frétille. Les yeux pétillent.

— Quoi ? Une licorne ? Par la barbe du gypaète ! Je t’ai jamais raconté cette fois où je me suis retrouvé nez à nez avec une licorne ? Allons, moussaillon, il est grand temps de remédier à ce grave oubli ! Attrape-moi la boîte marron sur l’étagère !

— Mais je suis trop petite ! Faudrait une échelle !

— Où ai-je la tête ? C’est pas une échelle qu’il te faut mon petit, mais un escabeau. N’oublie pas ton vieux grand-père, les mots ont toute leur importance. Ce sont eux qui dirigent le monde ! Alors, voyons ce qu’on a là. 

Déjà, il avait extirpé de la bibliothèque où croulaient une montagne de livres aux divers reliefs, une boîte étouffée par la poussière. Il fourragea quelques minutes, soulevant et écartant d’un geste impatient des photos jaunies comme des agrumes dépassés par le temps.

— C’est qui ça ?
— Ouh, c’est une vieille photo ça mon trésor ! C’était en 1926 ! Sapristi, ça ne me rajeunit pas !
— Waouh ! T’es un dinosaure !
— Quel âge me donne-t-elle cette frimousse de pamplemousse ? C’est mon père sur la photo, et le petit bébé qui chouine, c’est ton grand-père !
— Ça veut dire quoi « chouine » ?
— Ça veut dire qu’on va jamais rencontrer nos licornes si tu me poses toutes ces questions ! Là ! Je savais qu’elle était là !

Et devant les yeux de la petite fille, il étala un papier tout froissé, où une île se dressait, dessinée si grossièrement qu’on aurait dit un poulet.

— C’est quoi ?
— Ça, c’est l’île Dorée ma pépite !
— L’île Dorée ! J’y suis allée avec Papa et Maman !
— Que le diable m’attrape par la queue si tu y es jamais allée !
— Pourquoi ?
— Pourquoi, pourquoi ! Mais parce que c’est une île des plus périlleuses pour des parents, et des plus dangereuses pour des enfants ! Des semaines entières en mer pour y parvenir, avec des chances de pas revenir ! J’ai vu des vagues déferler, de la pluie déperler, des marins déserter ! Mais, moi, j’étais comme possédé, j’avais cette île dans la peau ; céder, moi, jamais ! Nom d’une piperade ! Je la foulerais de mes pieds, quitte à me fouler une cheville!
— Et alors, tu l’as trouvée ?
— Et comment capitaine ! Le voyage a été terrible, j’étais terrassé quand j’ai mis pied à terre ! Mais la roue tourne ! Fallait que ce soit celle de la fortune ! Devant moi s’élevaient des arbres massifs… en or !
— Mais ça existe pas les arbres en or !
— Oserais-tu traiter ton papy de menteur ? Bien sûr que ça existe, puisque je les ai vus, comme je te vois là avec tes deux nattes ! Ah, j’étais si jeune, si fougueux, si orgueilleux ! Je me suis enfoncé dans la végétation, sans réfléchir ! Je voulais récupérer le maximum d’or !
— Et t’en as pris beaucoup ? Je peux voir ?
— C’est là que ça se gâte, l’or, c’est de la poudre aux yeux ! J’étais… comme aveuglé… j’ai commencé à être… désorienté. Dans tous les sens du terme ! Imagine, des jours et des jours de nourriture amère, parce que l’or, je dois avouer, ça se digère plutôt mal, on me l’ôtera pas de la tête ; les paillettes, c’est pas pour les assiettes. Bref, ton pépé était devenu fou, il n’arrivait plus à trouver son chemin !
— Mais t’avais pas une boussole ?
— Malheureuse, je l’avais fait tomber, dans ma précipitation de jeune homme cupide et stupide ! J’avais perdu la tête, et ma boussole le nord. Et avec la faim, la fatigue, les étoiles ne me servaient guère, elles se ressemblaient toutes les friponnes ! Tu parles d’un berger !
— C’est là qu’on t’a appelé Calico Jack ?
— Non, ça c’est une autre aventure ! Retournons à mon île dorée ! J’étais dans un gouffre, j’avais trouvé un beau filon, mais aucun moyen de filer ! J’étais fait comme un rat, un rat de luxe ! Et puis, un jour que je marchais à la dérive, je vis au bord des rives, une forme…
— Une licorne !
— Bien vu, matelote ! Une licorne ! Fière, altière, elle dominait la rivière entière. Je n’oublierais jamais son regard… Essaie de visualiser ton grand-père, alors diablement chevelu, sacrément foutu ! Et c’est là qu’elle est apparue, comme un messager au naufragé !
— Mais, ça parle pas une licorne !
— Eh bien, je ne sais pas ce qu’on te raconte à l’école, mais ma licorne, à moi, foi de morue, elle parlait ! Et heureusement !
— Et… qu’est-ce qu’elle a dit ?
— Elle m’a dit… je veux pas être tatillon… mais je crois bien qu’elle m’a dit exactement ça : « Cesse de raconter cette histoire, car ta petite fille doit se coucher ! »
— Noooooon ! Qu’est-ce qu’elle a dit en vrai la licorne ?
— Ah ça, tu sauras demain, ma canaille, car maintenant, il faut dormir.

La lumière s’éteignait alors, la pièce réchauffée par nos éclats de rire. Des histoires comme celle-là, il y en eut beaucoup. À partir d’une gamelle en acier, d’une chute de tissus… Il était comme ça, mon grand-père. Il dessinait des îles, et s’inventait une vie de boucaniers, il trouvait refuge dans ses histoires, qu’il rangeait dans un coin de son grenier. Bien sûr, avec les années, j’ai compris que l’île dorée et toutes les autres épopées n’avaient jamais existé que dans l’esprit de mon pépé. Il se prenait pour Calico Jack comme d’autres se prendraient pour Napoléon. C’était son rôle de grand-père, de me faire oublier les horreurs du monde, et d’en créer un moins immonde, et c’était mon rôle de petite-fille, d’y croire, comme à la petite souris, au père Noël, ou à la licorne qui parle.

En 2008, Calico Jack est parti pour de bon, sillonner le ciel et chahuter les nuages. Mais j’ai gardé de lui, la soif d’aventure, l’appétit des mots, et cet affreux dessin en forme de poulet.

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Credits Photo : Port Barton by Sabrina P.

22 commentaires

  1. Salut Sabrina, jolie histoire, ambiance très sympathique entre le grand-père et sa petite-fille et jolie chute. Il y a 2 chutes à ton histoire d’ailleurs: la fin de l’histoire bien sur mais aussi lorsque le grand-père envoie sa petite-fille au lit. Je crois d’ailleurs que j’aurais préféré que l’histoire se finisse à la première chute mais, bien sur, cela change un peu le message…
    Je vois qu’entre challenges et concours de nouvelles, tu n’arrêtes pas!
    A bientôt,
    Sandrine

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Sandrine et merci pour ton passage ici 🙂 ! Et ton commentaire, en effet, il y a bien deux fins à cette histoire, j’avais plusieurs possibilités en tête, et après discussion avec mon compagnon, ai déterminé cette chute-ci… c’est pas toujoURs évident quand plusieurs scénarios plaisent ! Mais, ce qui peut être amusant, c’est de réécriture l’histoire en adoptant une autre chute parmi les options 🙂 Oui, j’écris beaucoup en ce moment, et pourtant, j’ai beaucoup de travail, mais je ne peux aps m’en passer, et c’est mon échappatoire finalement ! Belle semaine à toi, Sabrina

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  2. Bonsoir Sabrina !

    C’est un beau texte emplit de nostalgie. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire en cette fin de soirée, favorable à la rêverie haha ! À tous ces grand-pères, qui armaient de leurs imaginations bercent leurs petits-enfants dans un monde d’aventures et de douceurs. Merci !

    Je te souhaite une bonne soirée et de très bonnes fêtes de fin d’année,

    Rodolphe

    Aimé par 1 personne

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