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Au bout de l’arc-en-ciel

Je continue sur ma lancée du Zodiac Writing Challenge et mon objectif de rattraper mon retard (mes deux précédents textes sont ici https://entreleslignes.blog/2019/08/13/une-declaration/ et https://entreleslignes.blog/2019/08/07/lannee-prochaine-filou/) avec cette proposition du mois de mars : -écrire à partir d’un tableau / par-delà les montagnes/ un étrange sourire / au bout de l’arc-en-ciel. Bien évidemment, nul besoin de revêtir les frusques de Sherlock Holmes pour deviner sur quelle thématique mon choix s’est naturellement porté. Changement de ton pour cette troisième proposition, parce que, pour ceux qui commencent à me connaître, j’aime aussi quand l’écriture invite (un peu) à la réflexion. Pas d’inquiétude, ça reste du format court, du presque 3000 signes comme dans la consigne, alors, n’ayez pas peur de découvrir ce qu’il y a, au bout de mon arc-en-ciel. Belle lecture à vous, et magnifique journée.

Au bout de l’arc-en-ciel, on lui a promis l’or et le sel, des rêves de gosse, des palaces et des chaussures de bogosse. Au bout de l’arc-en-ciel, on lui a montré cet amas de trésors, en argent ou en plaqué, des montres à l’Iphone, sans oublier les joggings, avec un crocodile dessus, pas un fake, mais un fier et droit, d’un vert bien trempé. Au bout de l’arc-en-ciel, il aura des amis qui lui feront mieux passer l’absence des frérots et qu’il se permettra d’appeler potos.  Il ira même à l’école, il sait pas bien lire, enfin même pas du tout, mais il apprendra, peut-être même que ce sera drôle. Au bout de l’arc-en-ciel, il pourra rêver bien plus grand, et s’offrir enfin un putain de grand écran. Il aura pas besoin pour encourager son équipe préférée, de se partager la télé avec tout le quartier. Il aura un grand salon à lui pour refaire à l’envi les fameux gestes de Kylian M’bappé. Et peut-être même qu’sur le terrain, il se fera sélectionner. On lui a toujours dit qu’il avait des pieds à faire pâlir tout le PSG. Ses jambes, elles, sont prêtes à tout encaisser, prêtes à dégainer, déguerpir, détaler, elles savent comme lui sait, qu’il faudra peut-être les prendre à son cou, ses jambes, qu’il faudra peut-être beaucoup courir avant de pouvoir se remettre à marcher.

Au bout de l’arc-en-ciel, sa mère le rejoindra, quand elle aura compris le pourquoi de son départ, et qu’elle arrêtera de lui en vouloir. Car elle arrêtera forcément, même s’il faudra jamais lui raconter le comment. Il y a des réalités qu’une mère n’a pas besoin de connaître, il est des mensonges qu’il est nécessaire de faire naître. Au bout de l’arc-en-ciel, son sourire éclatera, comme dans la pub Colgate, quand elle verra tant de brillants qu’il lui faudra une paire de lunettes. Bien sûr pour l’instant, elle doit être toute rose à force de rouspéter, mais c’est de sa faute à elle, à l’avoir appelé « Anbessa ». Anbessa, ça veut dire lion, elle aurait dû savoir, ou choisir un autre prénom. Il entend déjà son rire quand elle se pavanera dans Paname et même sur les Champs-Elysées. Paraît qu’il y a une chanson du même nom, qui fait danser les Français.  Elle mettra 5 paires de boucles à ses oreilles, s’il le faut, mais elle ne passera pas inaperçue, parce que sa mère d’abord, c’est le plus pétant des soleils, et au bout de l’arc-en-ciel, elle fera la guerre à tous les nuages. Au bout de l’arc-en-ciel, fera pas bon être un nuage.

Oui, Anbessa, il l’aime son arc-en-ciel, il a peur de le toucher tellement il s’en rapproche. Alors, quand l’embarcation, d’un bois mal assuré, commence à s’enfoncer et les flots à l’envelopper, c’est le sourire de sa mère qui réchauffe son corps et ses pieds de footballeur, qui ne savent pas encore nager. Et dans cette douce mer noyée sous un gris ciel, il est presque certain d’apercevoir, un halo de pastel , un bout d’arc-en-ciel.

Si vous avez aimé, n’hésitez pas à me le dire, ça fait toujours du bien lorsqu’on écrit seule derrière son clavier, ou abonnez-vous par mail, pour ne rien manquer !

Filed under: Concours et autres participations

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Toujours un carnet et un stylo à la main, un livre pas loin, j'ai bourlingué et travaillé à l'étranger pendant ces dix dernières années. Revenue pour une durée non définie dans ma belle région natale, je trouve enfin l'équilibre parfait dans mon travail pour me permettre de donner un virage sérieux (aouch) à ma passion : l'écriture ! Me voici donc à l'Esprit Livre School pour m'initier à l'art de la nouvelle, et sur ce blog, pour me frotter à vos critiques :) !

6 Comments

  1. On se demande tout au long de ce texte où tu veux et vas nous mener. La fin est surprenante et poignante. Mais elle n’est que le reflet d’une dure réalité, inacceptable !
    En espérant que cet écrit suscite chez certains de l’empathie… Bonne soirée Sabrina.

    Aimé par 1 personne

  2. decesmotsbutines

    J’ai dû relire plusieurs fois pour bien comprendre de quoi il était question. J’ai failli te dire que j’aimais moins ce texte. Or, j’aurais vraiment fait erreur. C’est vraiment très beau. Quelle imagination !

    Aimé par 1 personne

    • Merci Nadine, oui, je comprends ce que tu veux dire, je profite de ces challenges pour m’essayer à différents styles et explorer divers thèmes, selon mes humeurs, et ce que m’inspire la consigne. Belle soirée à toi, et merci pour ta venue et tes commentaires. Sabrina

      J'aime

  3. Pingback: Bombe à retardement | Entre les lignes

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