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13 heures pétantes

Bonjour à tous, je vous retrouve aujourd’hui à la veille des vacances avec un nouveau texte à vous présenter. Je l’ai écrit en mai dernier, et quand je le relis, j’ai l’impression que ce n’est pas vraiment moi, d’ailleurs j’ai toujours du mal à relire mes écrits après quelque temps, on remarque plus facilement les défauts, les failles et ce qui déraille…

C’était ma première participation à un concours, proposé par Aleph Ecriture, un organisme d’ateliers d’écriture (sans blague) dans le cadre du prix de l’Inventoire. Il fallait en 400 mots, parler de ville, et d’un événement qui la bouleverse. Même si je ne fais pas partie des lauréats, je suis ravie de pouvoir le partager aujourd’hui, afin de recueillir vos opinions sur ce texte produit dans un cadre auquel je ne m’étais jamais frottée. Il me tarde tout de même de découvrir les oeuvres gagnantes, et de renouveler l’expérience dans d’autres concours, car il paraît que c’est en forgeant qu’on devient forgeron 🙂 Merci d’avance pour vos lectures et belle journée à vous ! Sabrina, qui s’en va quelques jours au vert, avec ses amis, le sac en bandoulière et le coeur léger ! Pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’écriture, n’hésitez pas à checker le site de l’organisme qui propose des options sympas, que je garde en tête !

https://www.aleph-ecriture.fr/

Deuxième verre de vin. Il est plus de 13h. Autour d’elle, les hommes d’affaires s’affairent, spéculant entre deux féculents sur la marche du monde. Le serveur lui lance des coups d’œil indiscrets et inquisiteurs à chaque fois qu’il frôle sa table. Une femme seule à cuver du cabernet, ça fait mauvais genre. Pourquoi n’arrive-t-il pas ?

La rue, indifférente à sa détresse, poursuit sa monotone cacophonie. Une jeune fille promène péniblement son chien au bout d’une laisse. Ou bien tout le contraire. Des rires éclatent. Un groupe d’ados, sur sa droite, échangent de vifs commentaires sur des vidéos qu’ils se font passer de main en main. Une grand-mère semonce son petit-fils, qui ne se tient pas assez droit à son goût. Il a envie de faire une grimace, et ça se voit. La barmaid soupire devant un nouvel afflux de clients à une heure si avancée. Un couple, jeune sans aucun doute, se tient la main au-dessus de la table, se dévorant tellement des yeux qu’ils touchent à peine à leur assiette. 

Elle boit une nouvelle gorgée, pour se donner contenance, et courage.

A présent, le serveur s’exprime dans un anglais approximatif à une table voisine. Elle le voit revenir vers la barmaid avec deux piécettes qu’il met aussitôt dans un gros cochon rouge trônant sur le comptoir. Elle perçoit le cliquetis des euros, la tirelire n’est pas bien remplie, et se demande s’il n’est pas temps de régler l’addition pour elle aussi. Déjà le bruit de la machine à café qui déraille l’assaille, et la forte odeur des grains la saisit aux narines. Elle peut attendre encore un peu. Elle évite de scruter son portable et s’accroche à la rue qui poursuit sa route, oublieuse de la jeune femme et de ses vulgaires doutes. 

Un pépé se déplace sur de frêles guiboles, un gamin manque lui décaniller sa canne avec son skate vintage. Le grand-père le fustige, le bambin est déjà loin, une époque les sépare. Il reprend sa piètre course, dépassé par un trentenaire les bras chargés de courses. Une jeunette à vélo s’infiltre au milieu des passants, elle fait voler sur son passage un pan de sa robe et beaucoup de regards. Quelqu’un crache soudain, on s’écarte du chemin  et on le reprend aussitôt, l’esprit envahi par la journée à venir et son lot de soucis. Le chat a-t-il assez de croquettes ? Quel pot de peinture pour les toilettes ? Un téléphone sonne, dégobillant du Guetta à travers la ruelle. L’homme, chauve et pressé, décroche aussitôt, la surprise marquant jusqu’à son crâne dégarni. 

Elle regarde l’heure, cette fois-ci, elle ne tient plus : elle rassemble ses affaires et se fige. Le sang quitte son visage alors que la première balle la touche. Elle porte la main à sa poitrine et se couche. Des frissons parcourent l’assemblée, la kalashnikov se met à pétarader. Les cuillères volent, les clients s’affolent, ça crie, ça s’effondre, le café se répand dans des mares de sang. La fumée se mêle à l’odeur de cramé, la chair brûlée retombe sur les sols, les additions volètent des tables où il n’y a plus personne. Envolés le grand-père, les bécots, les ados, la tirelire, le serveur, la jeunette, la jeunesse, les passants, les morpions, les sacs à puces et la vie dans la rue.

Et lui qui arrive enfin au resto, bien apprêté, la mèche gominée, l’air essoufflé. En retard au premier rencart, c’est impardonnable. Il a acheté des fleurs, de grosses roses mauve et a préparé des excuses, fourrées à la guimauve. Elle lui avait bien dit d’être là à 13 heures pétantes. 

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Crédits photo : London Vibes by Cyril G.

Filed under: Concours et autres participations

About the Author

Publié par

Toujours un carnet et un stylo à la main, un livre pas loin, j'ai bourlingué et travaillé à l'étranger pendant ces dix dernières années. Revenue pour une durée non définie dans ma belle région natale, je trouve enfin l'équilibre parfait dans mon travail pour me permettre de donner un virage sérieux (aouch) à ma passion : l'écriture ! Me voici donc à l'Esprit Livre School pour m'initier à l'art de la nouvelle, et sur ce blog, pour me frotter à vos critiques :) !

2 Comments

  1. Belle description, on y est. Le texte est court et percutant. Le format idéal pour un blog. Toujours ton style dynamique, et une fin glaçante de réalisme. Pas de doute, tu as du talent.
    Passe une bonne journée. Smiley soleil.

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup glomérule ! Oui, la contrainte était plus courte que les consignes de ma formation qui se termine. Je pense donc adapter la formule pour le blog, c’est moins lourd à suivre. Vraiment merci pour ce beau message et je prends ton smiley soleil avec plaisir ! A très bientôt Akhénarule 😉

      Aimé par 1 personne

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