Quelle pluie de merde.

Son imperméable suintait sous les trombes d’eau qui se déversaient depuis le matin. Pas un temps à foutre un chat dehors, et encore moins un vieux loup de sa trempe. L’inspecteur Roublarre revoyait Paula en partant, et son joli derrière dans la cuisine. Ca sentait bon le poulet rôti. A quelques années de la quille, le métier lui pesait. Il donnerait tout pour une cuisse de poulet grillée et un verre de pinot. À la place, il se coltinait le jeune bleu et sa vapoteuse qui lui donnait des airs d’une vieille tante. Encore un cambriolage qui avait mal tourné : le salon avait été retourné, et la victime massacrée. Le voleur avait surpris la quadragénaire dans sa cuisine et l’avait assommée par derrière avec un rouleau à pâtisserie. On avait noté des traces de lutte sur le parquet flottant et de nombreuses contusions sur le crâne et le ventre légèrement rebondi de la jeune femme.

 Jusqu’ici, l’enquête n’avait guère avancé dans ce foutu Lotissement des Vieux-Chênes, un nom bien pensé pour ses habitants grisonnants. Shootés aux laxatifs et aux douze coups de midi, ils n’avaient rien vu de suspect, et encore moins entendu. Pas étonnant, à force de tout fabriquer en Chine, jusqu’à leurs sonotones.  La matinée s’étirait. Ils pataugeaient. Il aurait dû travailler à la poste, comme son père et son grand-père avant lui.

Ils avaient frappé à toutes les portes sans succès, comme des Témoins de Jéhovah. Il ne restait plus qu’une maison, celle des Fauchon, les voisins d’en face.

Ils sonnèrent, impatients de se mettre à l’abri.

Une femme un peu forte, la quarantaine, les yeux gonflés, leur ouvrit la porte. À la vue de leur badge, elle appela son mari. Un homme apparut dans l’embrasure de la porte, le visage fermé. L’adjoint à la vapoteuse esquissa un sourire qui se voulait réconfortant. Il avait encore du boulot le p’tit, il avait toujours pas capté que, sur le baromètre de la sympathie, il se trouvait plutôt du côté des huissiers. Ils entrèrent dans la maison où l’ordre Ikea régnait en maître. Ils se trouvaient dans un énième salon beige sans vie. Il devança son coéquipier qui allait encore se répandre en désolantes consolations.

— Nous savons que le moment est délicat mais il nous faut savoir si vous avez vu ou entendu quoi que ce soit hier soir chez mademoiselle Terry.

La femme se mit à sangloter. Son compagnon, avec hésitation, posa un bras rassurant autour d’elle.

— Vous savez, c’est un quartier paisible ici, on ne surveille pas ce que font nos voisins.

— Quelle était la nature de vos relations avec Mademoiselle Terry ?

— C’est.. C’était une voisine charmante, on se croisait pour les kermesses du village. C’est surtout ma femme qui la côtoyait. Je travaille beaucoup, déglutit-il.

— Elle était bien plus jeune que la moyenne du voisinage…

— Disons qu’on était de la même génération oui, mais quel est le rapport ?

Fauchon s’impatientait.

— C’était mon amie, détective. On est les seules du quartier, sans enfant, ça rapproche, défendit avec peine sa femme.

Roublarre tiqua.

— Excusez-moi de cette question, mais où étiez-vous hier soir M. Fauchon ?

Cette nouvelle est éditée dans mon recueil BREAKING NEWS. Pour savoir ce que Fauchon faisait hier soir, il n’y a plus qu’à commander !

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Photo by 兆航 樊 on Unsplash

4 commentaires

  1. J’aime me promener sur votre blog. Un bel univers agréable. Blog intéressant et bien construit. Vous pouvez visiter mon blog récent. A bientôt.

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